Dopage : Riad Guerfi perd ses deux titres de champion de France

12 novembre 2017

Riad Guerfi a été suspendu pour quatre ans pour des irrégularités de son passeport biologique. La décision rendue par le Tribunal Arbitral du Sport à son encontre débute cette suspension au 29 avril 2015, date à laquelle il avait remporté le titre de Champion de France de 10.000 mètres. Mais Riad Guerfi perd également son titre de 2013. Les échantillons prélevés lors de ces deux France laissent apparaître des manipulations sanguines, très probablement l’usage d’EPO. Les titres de Champion de France reviendront à Driss el Himer et Mehdi Akaouch.

Riad Guerfi

Riad Guerfi

Quatre ans de suspension à partir du 29 avril 2015. La sanction décidée par le Tribunal Arbitral du Sport balaie au passage tous les résultats obtenus par Riad Guerfi, et surtout son titre de champion de France du 10.000 m justement obtenus le 29 avril 2015. Mais c’est également son premier titre de champion de France, déjà sur 10.000 mètres, qui s’envole avec cette décision. L’instance a estimé que l’échantillon prélevé le 23 avril 2013 laissait lui aussi apparaître des manipulations sanguines. Entre les deux dates, de 2013 à 2015, les performances de Riad Guerfi demeurent valides.

Les podiums de ces deux France valsent ainsi pour ramener à Driss El Himer le titre de 2013, avec comme dauphins Djamel Bachiri et Khalid Zoubaa. Et pour 2015, le titre revient à Mehdi Akaouch, devant Youssef Mekdafou et Romain Courcières.

La mauvaise foi de Riad Guerfi

La décision complète du Tribunal Arbitral du Sport compte 35 pages ! Elle dissèque en détails tous les aspects du cas de Riad Guerfi, très atypique dans la procédure. L’athlète a en effet été assigné devant le TAS à la demande de l’IAAF, mais aux côtés de la FFA. L’IAAF remettait en cause la décision de relaxe prononcée par la FFA début janvier 2017, qui avait refusé d’examiner le dossier de Riad Guerfi, en estimant que la méthode d’information de l’athlète, par un simple email, n’était pas conforme au droit français, et ne lui avait pas laissé la possibilité de se défendre.

Mais la lecture de ce gros compte rendu laisse apparaître des éléments plus détaillés, qui montrent que Riad Guerfi avait été, certes, informé par email, mais qu’il avait en réalité reçu le 22 octobre un délai pour présenter sa défense sur l’accusation de manipulations sanguines. L’IAAF lui avait en effet donné jusqu’au 31 octobre 2016 pour bâtir un dossier de défense auprès des experts, mais Riad Guerfi et son conseil, Maître Nicoleau, n’ont transmis aucun élément, préférant solliciter une audience de la commission disciplinaire de la FFA qui allait finalement les entendre le 14 décembre 2016 avant de conclure le 4 janvier 2017 à la relaxe, en estimant que la communication par simple mail, sans garantie d’avoir été reçu par l’athlète, ne lui avait pas permis de se défendre.

La FFA sanctionnée financièrement par le TAS

Cette décision sur la forme allait être de suite contestée  auprès du Tribunal Arbitral du Sport par l’IAAF, irritée de voir cette procédure pour irrégularité du passeport biologique remise en cause. Car comme le rappelle le document du TAS, les chiffres sont implacables : 5% des échantillons prélevés sont considérés comme présentant des résultats anormaux, et 5% de ces passeports anormaux sont considérés comme révélateurs d’un cas de dopage probable. Moins de la moitié de ces derniers donnent lieu à une opinion unanime des trois experts, soit au final moins de 1% des passeports biologiques, car il est courant que les experts ne soient pas d’accord entre eux, ou que l’un d’entre eux modifie son opinion après avoir reçu les explications du sportif. Autant d’éléments qui confirment la fiabilité des analyses formulées par les trois experts médicaux de l’IAAF, et donc la légitimité des suspensions prononcées.

L’IAAF avait ainsi la quasi-certitude de l’emporter devant le TAS, à la fois contre Guerfi, et contre la FFA. Et la frilosité de la FFA se voit sanctionnée d’une manière curieuse, avec la décision du TAS de faire supporter à la FFA les 4/5ème des frais de ce procès au TAS, avec seulement 1/5ème à Riad Guerfi, en considérant que l’instance fédérale dispose de moyens financiers largement supérieurs à celui de l’athlète, et en soulignant qu’elle est à l’origine de la décision attaquée. Comprenez en clair que la FFA, en refusant de sanctionner Riad Guerfi en première décision, l’a obligé à se défendre devant le TAS. A noter d’ailleurs que Riad Guerfi était présent à Lausanne le 7 juillet pour l’audience, en compagnie de son avocat, Maître Nicoleau, alors que la FFA n’était pas représentée.

Les analyses douteuses de Riad Guerfi

Au-delà de ces aspects techniques, le rapport rédigé par le TAS lève le voile sur les analyses douteuses de Riad Guerfi, qui ont fait conclure aux experts de l’IAAF à des manipulations sanguines. Et ceci à deux reprises, pour les échantillons prélevés le 24 avril 2013 et le 29 avril 2015, les deux fois, lors du Championnat de France de 10.000 mètres, qu’il avait remporté.

En réalité, ce sont quatre analyses qui ont été disséquées par les experts, le Professeur Giuseppe d’Onofrio, le professeur Michel Audran, et le Docteur Olaf Schumacher. Avec trois valeurs hématologiques qui ont fait l’objet de comparaisons, pour conclure à des manipulations sanguines.

Le tableau présenté dans le rapport est le suivant

Numéro Date HGB RET % OFF-score
1 24 avril 2013 17.2 0.35 136.50
2 29 avril 2015 18.0 0.20 153.20
3 27 avril 2016 16.0 0.49 118.00
4 16 juin 2016 15.8 0.65 109.60

Ce sont les deux premiers échantillons qui ont attiré l’attention des trois experts, qui se sont accordés le 28 septembre 2016 sur un « OFF-Score » très exceptionnel : la probabilité de trouver un taux OFF Score supérieur à 133 chez des athlètes non dopés est inférieure à 1 sur 100.000. Or chez Riad Guerfi, ce taux est présent à deux reprises, en 2013 et 2015 (136.50 et 153.20), permettant de conclure à une « aberration hématologique ».

Les arguments de la défense ont été balayés

Et la défense présentée par Riad Guerfi et son avocat en février 2017 n’a en rien ébranlé les experts, qui soulignent au contraire que les avis médicaux présentés, en particulier le rapport du docteur Chaouine se réfère uniquement à des valeurs d’hématocrite, une donnée qui ne figure pas dans le passeport, et que Riad Guerfi lui aurait communiqué oralement, et s’appuie aussi sur deux analyses sanguines privées effectuées en 2016, dans lesquels les résultats de HGB sont semblables aux échantillons 3 et 4 (non anormaux).

Le fait qu’il y ait « seulement » deux échantillons anormaux n’est pas un argument en faveur de Riad Guerfi, car comme l’ont souligné les experts, les règles fixées par l’AMA ne prescrivent aucun nombre minimum, 2 échantillons peuvent suffire, voire même un seul.

Et  enfin, la demande de Riad Guerfi  que soient prises en comptes ses périodes de stage en altitude pour justifier ses taux n’a pas plus été retenue par les experts, estimant que l’échantillon 1 a été obtenu en 2013 au moins 24 jours après son séjour en altitude, un délai trop long pour que l’altitude génère des effets visibles sur les valeurs hématologiques.

En conclusion, c’est sans aucune équivoque que les trois experts tranchent pour affirmer que ces deux échantillons de 2013 et 2014 sont typiques d’une manipulation sanguine, en particulier d’une augmentation de la masse cellulaire des globules rouges, vraisemblablement causée par un usage prolongé et répété de substances stimulant d’érythropoïèse et/ou, moins probablement, d’une transfusion sanguine.

C’est ce qui a conduit, avec un peu de retard, Riad Guerfi à devenir le premier athlète français à être suspendu pour des irrégularités du passeport biologique, et à s’ajouter sur une liste déjà forte de 95 noms.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand