Dopage : les explications de Sofiane Selmouni sur ses no shows

24 avril 2018

Sofiane Selmouni risque une suspension de deux ans, pour trois « no shows », correspondant à des manquements à l’obligation de localisation et à une absence lors d’un contrôle inopiné. L’athlète de Mulhouse plaide la bonne foi, mais les règles de l’anti-dopage devraient déboucher sur une suspension, comme ce fut le cas pour Teddy Tamgho, James Theuri, Fadil Bellaabouss. Avec une seule relaxe, celle de Cindy Billaud.

Par Odile Baudrier

SELMOUNI

Sofiane Selmouni aime verrouiller sa communication, et ne dissimule pas sa grande colère à la lecture de l’article publié ce mardi 24 avril matin sur le site spe15.fr, et révélant sa mise en cause pour 3 no shows. Pour lui, l’idée d’associer « no shows et triches » n’est pas correcte, en créant l’ambiguïté autour d’un dopage.

Cependant c’est bel et bien la réglementation anti-dopage qui s’applique pour sanctionner un sportif « coupable » de no shows, et cela bien sûr en l’absence d’un contrôle positif. Pourquoi une telle rigueur ? Pour intégrer le fait qu’un sportif absent du lieu où il prétendait être ou n’ayant pas informé l’AFLD de ce lieu en temps utile se place peut-être dans une volonté de dissimulation évidemment propice aux dérives.

Sofiane Selmouni plaide la bonne foi, soulignant : « à part courir, le reste est très contraignant pour moi ». En mars 2017, comme en juillet 2017, il affirme avoir simplement oublié de remplir dans les délais l’information dans le système ADAMS de l’AFLD, comme doivent le faire tous les sportifs intégrés dans le groupe cible, comme c’est son cas depuis 2015. Ses explications sont brouillonnes. Sofiane Selmouni répond d’abord «Tout le monde sait que j’habite à Strasbourg », puis ajoute : « En fait, il faut faire une actualisation. Je ne l’ai pas faite en temps et en erreur. » Le système ADAMS exige une localisation prévisionnelle pour chaque trimestre à venir, avec la possibilité de la modifier la veille avant 17 heures.

A la suite de ces deux manquements, Sofiane Selmouni confirme avoir reçu deux avertissements de la part de l’AFLD. Dès lors, il sait qu’une troisième erreur se paiera très cher. Et pourtant, au mois de janvier 2018, il commet un sérieux loupé, en se trompant dans les jours de son voyage de retour depuis le Portugal, d’où il rentre après un stage national. Le 23 janvier 2018, il a signalé comme lieu de visite, son domicile à Strasbourg, mais il est en fait en transit à l’aéroport, au moment précis où le préleveur de l’AFLD se présente pour un contrôle inopiné.

C’est le coup de grâce, et Sofiane Selmouni avoue alors avoir eu le sentiment d’un « KO debout » ! Il explique s’être alors dit « Si j’avais su, je n’aurais pas été aussi négligent sur les deux premiers ». Il tente d’obtenir grâce, en déposant un recours gracieux auprès de l’AFLD. Mais celui-ci sera refusé. Sans qu’il en soit surpris : « Il y avait 99% de chances qu’ils n’acceptent pas.. »

1 ans de suspension pour Teddy Tamgho, et James Theuri

Il reste que les règles de la localisation sont très strictes et les manquements toujours sanctionnés. Teddy Tamgho et James Theuri en 2014, Fadil Bellabouss, en 2010, l’ont appris à leurs dépens. Avec pour les deux premiers une suspension de 1 an, et pour le troisième, de six mois. Le code mondial actuel prévoit une sanction de 2 ans, réduite à 1 an en cas de circonstances atténuantes.

Pour Teddy Tamgho, la FFA avait pris en compte la bonne foi de l’athlète, estimant que les trois absences lors des contrôles inopinés effectués par les contrôleurs anti-dopage constituaient bien des contrôles manqués, mais que l’attitude de Teddy Tamgho « relève davantage de la négligence que d’une réelle volonté de se soustraire aux contrôles anti-dopage ».

Pour James Theuri, la FFA avait fait preuve de mansuétude en le relaxant après qu’il ait été constaté trois non transmissions des informations permettant sa localisation, et c’est l’AFLD qui allait revenir sur cette décision et le sanctionner pour une année.

Pour Fadil Bellaabouss, la suspension avait été de six mois, en accord avec les règles anti-dopage de 2010 (durée possible entre 3 mois et 2 ans), après des manquements aux localisations, et un contrôle manqué.

Et dans les archives, n’apparaît qu’un seul cas de relaxe, celui de Cindy Billaud, discrètement publié sur le site de la FFA en juillet 2017, de manière anonyme. La hurdleuse, qui avait omis de s’enregistrer dans le système ADAMS durant le deuxième trimestre 2016, puis pour le premier trimestre 2017, avait invoqué des problèmes d’adresses postales pour la réception des courriers de l’AFLD, d’utilisation du logiciel ADAMS, mais sa bonne foi avait été retenue, en raison de son arrêt de compétitions dû à sa grossesse.
Texte : Odile Baudrier
 Photo : D.R.