Dopage : le Kenya à nouveau sur la sellette

19 mars 2018

Les athlètes du Kenya se trouvent à nouveau mis sur la sellette. Cette fois, par un article paru dans la presse kenyane, qui pointe du doigt, les graves dérives dopantes et la protection de la Fédération d’athlétisme du Kenya.

 

photo drapeau kenya a
« Le sport est un cartel ». C’est l’opinion bien tranchée de Moses Kiptanui, qui a été l’un des athlètes de référence du Kenya, ex-recordman du monde du 3000 mètres steeple. Et les découvertes de Jonathan Komen et Vincent Achuka, les deux journalistes du « Standard Media », sur l’étendue du dopage dans leur pays, confirment ces propos, et donnent froid dans le dos.

Avec d’abord un épisode troublant autour du contrôle positif de Viola Kimetto, que la Fédération d’Athlétisme du Kenya a épaulée pour qu’elle soit invitée au marathon de Zagreb, en octobre 2014, alors que l’IAAF avait informé les officiels du Kenya qu’elle avait été contrôlée au marathon de Kualu Lumpur en septembre 2013. L’affaire dissimule probablement de la corruption, mais démontre aussi l’usage de stéroïdes anabolisants par cette marathonienne de 35 ans pour courir en 2h43…

L’EPO à gogo

Et l’enquête réalisée par le duo de journalistes du « Standard » lève le voile sur une situation très inquiétante, le recours très facile à l’EPO. En quatre jours seulement, et après une douzaine de contacts, les deux hommes ont réussi à entrer en relation avec un médecin administrant des produits dopants aux athlètes, qui leur révèle avec forces détails sa méthode pour injecter de l’EPO aux coureurs, tout en leur évitant un contrôle positif, grâce au bon dosage du produit, et éventuellement au recours aux transfusions sanguines. Sans oublier de leur fournir le secret pour diluer leur urine, l’absorption d’alcool en cas de contrôle.

L’utilisation fréquente de l’EPO ressort aussi des témoignages recueillis anonymement, ceux d’un marathonien victorieux d’épreuves en Amérique du Sud et d’un ancien champion du monde. Et les deux journalistes ont également pu découvrir que le business est parfaitement organisé pour éviter les contrôles, avec le choix d’épreuves dont les prize money ne dépassent pas les 5000 dollars, et donc rarement concernées par les tests anti-dopage. Ou encore de la priorité donnée aux marathons organisés en Chine, où les contrôles sont rarissimes, et les paiements de primes effectuées en cash après l’arrivée.

Autant d’éléments démontrant une véritable orchestration du dopage dans ce pays, où les cas positifs se multiplient, alors que comme le soulignent les deux journalistes, la politique anti-dopage dopage au Kenya se limite le plus souvent à des effets d’annonce, avec surtout l’absence de contrôles à l’entraînement…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand