Dopage : la Russie informée par le laboratoire des JO de Londres

16 juillet 2017

Dans sa démarche dopante, la Russie a reçu une aide inattendue, avec des informations données en direct par le Laboratoire Anti-dopage des Jeux Olympiques de Londres, à Grigory Rodchenkov, alors patron du laboratoire anti-dopage de Moscou, mais aussi acteur majeur de la politique dopante du pays… Le spécialiste, qui a fui il y a deux ans aux Etats-Unis, le révèle dans le film « Icarius », qui sortira sur Netflix début août.

Aux JO de Londres, Mariya Savinova, Yekaterina Poistogova, avec leur entraîneur Vladimir Kazarin, tous les trois sous le coup d'une suspension à vie

Aux JO de Londres, Mariya Savinova, Yekaterina Poistogova, les fers de lance de la Russie, et de son programme de dopage

La visite du laboratoire olympique de Londres en détails, et toutes les informations sur les méthodes mises au point pour détecter les tricheries. C’est le programme très spécial réservé à Grigory Rodchenkov, le patron du laboratoire anti-dopage de Moscou, mais surtout maître d’œuvre du programme étatique de dopage déployé en Russie à cette époque.

Le Russe, désormais réfugié aux Etats Unis, où il bénéficie du programme du FBI de témoin protégé, le révèle dans le documentaire « Icarius » qui sera diffusé par Netflix début août, que les journalistes britanniques de « The Observer » ont pu visionner en avant-première, pour y découvrir une nouvelle facette des dérives dopantes mises en point par la Russie.

Et c’est particulièrement édifiant ! Car comme le rappelle l’article de Sean Ingle, Grigory Rodchenkov qui a été le directeur du laboratoire de Moscou depuis 2005, a fait en 2011 une tentative de suicide, après avoir été mis en cause pour la vente de drogues, et il a été interné en unité psychiatrique, diagnostiqué comme schizophrène.

Il est interné en unité psychiatrique et le CIO l’invite !

Cet épisode n’est visiblement pas connu (ou bien volontairement négligé ?), du CIO, puisque Rodchenkov reçoit de la part de Christophe de Kepper, le Directeur du CIO de l’époque, qui travaille avec Jacques Rogge, une invitation à visiter le laboratoire de Londres.

RODCHENKOV

Grigory Rodchenkov est en effet estimé comme d’une grande compétence par les instances du sport, qui l’invitent fréquemment dans des colloques anti-dopage à travers le monde… Il joue alors parfaitement le double jeu qui est son quotidien, utilisant ses connaissances pour fabriquer des cocktails dopants, et pour contourner les contrôles.

En Russie, cette invitation déplaît, mais finalement, Vitaly Mutko, Ministre des Sports, accepte que Grigory Rodchenkov y réponde favorablement.

Comme l’explique le Russe dans le film « Icarius », ce traitement de faveur sauvera le programme de dopage de la Russie, en lui permettant de découvrir les méthodes utilisées pour faire émerger les cas positifs.

En expert dans le laboratoire pendant tous les JO

Autant d’informations qui lui seront précieuses pour peaufiner de nouvelles méthodologies pour permettre aux sportifs russes de tricher sans risque, en particulier grâce au système des échantillons qui sera mis en place pour les JO de Sotchi.

Grigory Rodchenkov fera également partie de l’équipe des 115 spécialistes anti-dopage autorisés à participer au travail du laboratoire anti-dopage de Londres.

Quelles manipulations a-t-il alors effectuées pour protéger ses compatriotes ? Il le révèle peut-être dans le film « Icarius ». Le doute sur ses agissements ne peut évidemment qu’exister dans un tel contexte, d’autant que les réanalyses des échantillons 2012 ont révélé par la suite la positivité d’un grand nombre de sportifs russes sacrés sur les podiums olympiques…

 Texte : Odile Baudrier
 Photo : Gilles Bertrand