Dopage : la Justice espagnole torpille l’enquête sur Jama Aden

8 juillet 2017

Jama Aden voit les poursuites judiciaires lancées à son encontre il y a un an en Espagne s’achever sur décision du Tribunal, qui se limite à une plainte pour crime contre la santé publique. De nombreuses preuves mettaient pourtant en évidence l’implication de l’entraîneur somalien dans l’usage de produits dopants. Le revers pour la lutte anti-dopage est énorme, et une nouvelle fois, la Justice Espagnole ne s’illustre pas dans ce combat pour un sport propre.
Jour sombre pour la lutte anti-dopage.

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Une juge espagnole a torpillé le travail des policiers enquêteurs et tous les espoirs des observateurs en quête d’une certaine justice à l’encontre de Jama Aden, et de son groupe d’entraînement, fortement mis en cause dans l’enquête des policiers de los Mossos.

Comme le révèle le journal « El Confidencial », les preuves ne manquaient pourtant pas pour incriminer Jama Aden, Musaeb Balla, son athlète qatari, et Mounir Ouarid, le physiothérapeute marocain, accompagnant le Team Aden à Sabadell. Les perquisitions effectuées le 20 juin 2016 avaient mis en évidence pléthore de médicaments dans les chambres de ces trois personnes, des seringues avec Magnésium, Calcium, B12 chez Jama Aden, de l’EPO chez Balla et chez Mounir Ouarid (12 seringues).

Mais la Juge n’a retenu que les justifications bidons de ce trio, l’un argumentant qu’il s’agissait de vitamines pour son usage personnel, alors qu’il est acquis que le trio magnésium-calcium-B12 est un booster de l’EPO, l’autre prêtextant une blessure pour utiliser de l’EPO, et le kiné soutenant qu’il recourait à l’EPO dans une optique thérapeutique et non pas d’amélioration de performance.

La Juge s’est ainsi contentée d’appliquer strictement la loi espagnole, qui punit seulement les crimes contre la santé publique, et elle sanctionne à ce titre Jama Aden, et Mounir Ouarid, alors que M. Balla, très soutenu par l’Ambassade du Qatar en Espagne, est relaxé. Pour le dopage, il faudra repasser, et se poursuivra ainsi cette tradition d’une utilisation sur le territoire espagnol par des sportifs du monde entier.

Le comble est que justement la Juge admet que le camp d’entraînement de Jama Aden avait choisi de s’installer à Sabadell près de Barcelone, pour cette unique raison, et elle reconnaît que l’un des objectifs de ce rasemblement était de contrôler l’administration aux athlètes de l’EPO.

Mais force est d’admettre que du côté des athlètes, aucune pratique litigieuse n’est apparue, les contrôles anti-dopage effectués le jour même de la descente policière se sont conclus sans que des produits interdits n’aient été détectés.
Ainsi s’achève de triste manière cette affaire qui était apparue en juin 2016 comme un symbole de nouvelles méthodes anti-dopage plus offensives. La presse espagnole n’est pas la dernière à s’offusquer de ce manque d’engagement de sa justice pour faire bouger les choses.

Aux Etats-Unis aussi, les réactions sont vives, et Kara Goucher, connue pour son engagement dans ce domaine, résume fort bien le sentiment général : « Ce cas me rend sans espoir. Si vous ne pouvez pas être testé positif, en étant entouré par de l’EPO et des seringues, cela signifie que vous pouvez vous sortir de toutes les situations… » Et Steve Magness de renchérir : « Après cette affaire, supprimons définitivement la phrase Je n’ai jamais été testé positif ! »

> Texte : Odile Baudrier
> Photo : Gilles Bertrand