Dopage d’Etat au Royaume Uni pour les JO de Londres ?

14 juillet 2020

Une investigation menée par les journalistes du « Mail On Sunday » a révélé que des athlètes britanniques ont été transformés en cobayes, lors des Jeux Olympiques de Londres, en utilisant une boisson expérimentale aux cétones, dans une opération secrète menée par UK Sports. L’agence britannique dément. Les sportifs concernés se font très discrets.

Delta G. C’est le nom de la boisson expérimentale utilisée par 91 sportifs britanniques, durant les JO de Londres, dans le cadre d’une opération secrète menée pour leur permettre de booster leurs performances et d’augmenter le nombre de médailles obtenues par le Royaume Uni, qui terminera d’ailleurs au 3ème rang mondial pour ces JO.

Un dopage d’Etat ? Le terme n’est pas tout à fait approprié. Car cette boisson contenait des cétones, un produit qui n’était pas alors interdit par les règles anti-dopage. Et huit ans plus tard, elle n’y figure toujours pas, malgré sa réputation sulfureuse découlant de son utilisation très répandue chez les cyclistes.

Mais les révélations de Nick Harris, Edmund Willison, Rob Draper, lèvent le voile sur des pratiques plus que douteuses de UK Sports, l’agence britannique chargée de financer le sport olympique et paralympique. Et prête à tout pour que les athlètes britanniques brillent aux Jeux Olympiques de Londres.

Une boisson expérimentale, aux effets secondaires inconnus

Jusqu’à transformer des athlètes en cobayes ? C’est ce qu’affirme l’équipe du « Mail On Sunday » qui soutient qu’UK Sports leur a proposé Delta G qui n’était alors qu’une boisson au stade expérimental, développée par l’Université d’Oxford, dans le cadre d’un projet mené pour le Département Américain de la Défense, à la recherche d’un produit permettant aux soldats US de demeurer efficaces avec peu de nourriture.

Les chercheurs britanniques s’orientent alors vers une boisson synthétique à base de cétones, ces acides qui permettraient de reculer le seuil d’utilisation des glucides, feraient perdre du poids, et boosteraient les performances. Tout au conditionnel, tant les résultats des études sont contrastés. Malgré tout, UK Sports débourse un total de 220.000 livres pour alimenter les sportifs choisis.

Et pour couvrir tous risques découlant de cette utilisation incongrue, en pleins Jeux Olympiques, UK Sports se serait entourée de toutes les garanties. En imposant à la petite centaine de sportifs concernés, de signer des documents de confidentialité, et dégageant toute responsabilité d’UK Sports, en cas de contrôle positif ou de tout effet secondaire.

Un programme secret

Les documents obtenus par l’équipe des journalistes britanniques apparaissent sans ambiguïté : « UK Sport ne garantit pas, ne promet pas, n’assure pas que l’utilisation des cétones est absolument conforme aux règles du Code Mondial Anti-Dopage, et par conséquent, exclut toute responsabilité pour l’usage de la cétone ».

Et UK Sport va même jusqu’à préciser aux sportifs que la cétone pourrait dans l’avenir faire l’objet de tests anti-dopage menés à titre rétroactif, avec le risque de se voir ainsi contrôlé positif.

Malgré tout, ils ont été 91 sportifs, issus de 8 sports, dont l’athlétisme, le cyclisme, l’aviron…, à accepter de prendre ce risque, et dans le secret le plus total. Jusqu’à la publication de cet article du dimanche 12 juillet, qui dévoile cette démarche du vaincre à tout prix.

Pour autant, le voile n’est pas levé sur les noms de ces athlètes. Certes 28 n’ont pas vraiment « profité » d’un quelconque avantage, contraints à stopper le programme car victimes de troubles intestinaux, et vomissements. Ils ont été aussi 23 à ne pas le poursuivre, faute de constater un impact positif sur leurs performances.

Mais ces 91 ont conservé le silence complet pendant 8 ans sur cette opération très spéciale. Et trois jours après les révélations très étayées de « Mail On Sunday », la seule réaction officielle est venue d’UK Sports, qui dément cette utilisation de cobayes. Aucun sportif médaillé à Londres a contesté avoir accepté ce programme…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.