Dopage : Asbel Kiprop suspendu quatre ans

21 avril 2019

La sanction d’Asbel Kiprop vient de tomber, avec une suspension de quatre ans, suite à son contrôle positif à l’EPO. Le champion olympique et triple champion du monde du 1500 mètres avait toujours plaidé l’innocence, invoquant une machination contre lui. Mais bonne nouvelle, tous ces mensonges se sont retournés contre lui…

Les mensonges d’Asbel Kiprop n’ont rien pu changer. La sanction est tombée avec 4 ans de suspension. Un message fort envoyé aux tricheurs, tricheuses, menteurs, menteuses…

Après son contrôle positif à l’EPO en novembre 2017, le Kenyan n’avait pas lésiné sur les mauvaises explications pour se justifier. Et l’on découvre avec effarement dans la décision prise par « Sports Resolutions » pour le compte de l’IAAF, qu’il a eu la mauvaise idée d’accumuler les fausses pistes pour expliquer comment on a pu retrouver de l’EPO dans son échantillon prélevé le 27 novembre 2017.

Voilà les idées brillantes qu’il a avancées : a- il s’agit d’EPO naturelle produite par l’organisme après un entraînement à 2400-2700 m d’altitude précédé par 6 semaines de repos – b- les médicaments absorbés dans les 7 jours précédents le prélèvement ont produit de l’EPO (il s’agissait de Zithromax 500, un antibiotique, de Piriton, contre l’allergie, de Panadol, du paracétamol) – c- les procédures de prélèvement n’ont pas été correctement respectées et ont produit un échantillon irrégulier – d- il a été la victime d’une substitution de son échantillon – e- la chaîne de préservation n’ pas été respectée – f- les procédures d’analyses n’ont pas été respectées.

Six explications toutes plus loufoques que les unes, qui n’ont pas convaincu les trois juges chargés d’examiner son cas. C’est avec une vraie pointe d’humour british que le panel de juges le transcrit : « M. Kigen, l’avocat de Kiprop, nous a présentés un menu à la carte avec beaucoup de choix pour annuler ce contrôle, plutôt que d’opter pour un menu plat unique d’une chambre d’hôte » !!!

Un avocat brillant ne suffit pas !

Les approximations de Kiprop et de son avocat l’ont finalement plus que desservi, et cela ne pourra que réjouir les acteurs de l’anti-dopage et toutes les personnes favorables à cette lutte. Le cas Kiprop apporte une lueur d’espoir : un multi médaillé n’est pas intouchable, un gros compte en banque pour payer un avocat brillant ne suffit pas à échapper aux sanctions….

Le pavé produit par « Sports Resolutions » pour justifier cette sanction de 4 ans énumère toutes les réponses apportées par les experts et juristes aux allégations fantaisistes de Kiprop. En particulier, le Professeur Olaf Schumacher, spécialiste mondial de l’EPO, n’a pu que lui opposer que certes, l’entraînement en altitude peut provoquer une augmentation de la production d’EPO naturelle, mais en aucun générer de l’EPO Exogène !

Le seul élément concédé par l’AIU est la faute du préleveur. Le rapport confirme bien qu’Asbel Kiprop avait été informé la veille par celui-ci de ses trois contrôles anti-dopage, du 22 novembre 2017, 27 novembre 2017, 24 janvier 2018. Pour la première fois dans un document officiel, se voit ainsi validée la découverte du journaliste allemand Hajo Seppelt, qui dès juillet 2015, affirmait que les contrôleurs anti-dopage du Kenya avaient pour habitude de prévenir à l’avance les athlètes. Une bonne méthode pour laisser le temps aux dopés de manipuler leur organisme pour se retrouver avec un échantillon « propre », grâce au fameux « washing ».

Un test positif même après avoir été informé la veille ??? !!!

Or dans le cas Kiprop, l’argument se retourne contre l’athlète, puisque comme le souligne les rapporteurs, comment cette annonce à l’avance pourrait-elle provoquer que le test soit positif à l’EPO ?? Avec cette info donnée la veille, le Kenyan avait tout le temps pour faire disparaître l’EPO de son organisme.

Autre élément très intéressant, le fait qu’Asbel Kiprop avait avancé que son contrôle du 22 novembre n’avait pas détecté de l’EPO. Très mauvais argument, lui a rétorqué le Docteur Naud, qui révèle qu’en réalité, l’échantillon du 22 novembre n’avait été prélevé que dans le but de constituer le passeport biologique du Kenyan, et que par conséquent, l’EPO n’y avait pas été recherché ! Comme le dit si bien Pierre Sallet, spécialiste de l’anti-dopage : « Un test ne peut trouver que s’il cherche ».

Une explication édifiante sur le petit nombre de tricheurs identifié chaque année…. Mais finalement, de temps en temps, le dopage se voit sanctionné. Pour Asbel Kiprop, la partie s’achève avec 4 ans de suspension du 2 février 2018 au 2 février 2022, avec annulation de ses performances à partir du 27 novembre 2018. Mais toutes ses médailles et primes demeureront bel et bien sa propriété…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand