Dopage : 71 athlètes suspendus par l’IAAF

16 novembre 2017

L’IAAF a publié sa nouvelle liste d’athlètes suspendus pour des raisons de dopage. Et ce sont 71 noms qui y figurent, représentant 22 pays qui se voient ainsi mis à l’index. C’est la Turquie qui reçoit le plus de sanctions, en raison de l’interdiction à vie de 12 entraîneurs coupables d’avoir dopé leurs athlètes ! Mais dans ce sombre inventaire, le plus triste est de voir de très jeunes athlètes sanctionnés, comme la Sud Africaine Verushka Woest, 16 ans, le Chinois Yidi  YANG, positif à 17 ans, ou encore le Marocain Nader Belhanbel, licencié à Franconville, et au passeport biologique douteux à 19 ans seulement…

belhanbel 2

La nouvelle liste publiée ce 15 novembre par l’IAAF apparaît encore plus sordide qu’à l’habitude, et reflet aussi de l’énorme bazar (pour rester polie !) qui règne dans la lutte anti-dopage mondiale. Car comment ne pas être ulcérée à constater qu’on suspend en ce 15 novembre 2017 des athlètes positifs aux JO de 2008, d’autres au passeport biologique douteux depuis 2009, des jeunes qui n’ont que 17 ans, des « vieux » de 51 ans ???

L’inventaire est impressionnant par sa diversité de nations, de niveaux, d’âges. Avec peut-être pour la première fois en athlétisme, un cas positif à 16 ans seulement, celui de Verushka Woest, une sprinteuse d’Afrique du Sud, contrôlée en avril 2017, et suspendue pour quatre ans…

Pour la première fois aussi, des coachs y figurent en bonne position. Ils sont 13, douze de Turquie, un de Russie, à se voir sanctionnés, avec pour les 12 Turcs, tout simplement une sanction à vie, pour avoir dopé un ou plusieurs athlètes, et certains aussi pour trafic de produits dopants. Ceci pour des faits qui remontent à l’année 2014.

Aksana Miankova, trois fois positive, en 2008, 2012, 2016 !!

L’autre nation mise à l’index n’est autre que la Biélorussie avec 9 athlètes, y compris quatre contrôlés positifs aux Jeux Olympiques de 2008, détectés après analyse rétroactive de leurs échantillons : Sviatalana USOVICH, Natallia MIKHNEVICH, Pavel LYZHYN, et Aksana MIANKOVA. Et son cas est tout simplement monstrueux, puisque la lanceuse de marteau championne olympique de Pékin apparaît avec trois contrôles positifs, aux JO 2008, aux JO 2012 et lors d’une compétition nationale en 2016. Elle n’avait été privée qu’in extremis des JO de Londres, à l’été 2016…

AKSANA

La Chine ne départ pas non plus avec ses sept cas, et surtout une nouvelle fois, un très très jeune athlète touché par le dopage. Yidi  YANG n’avait que 17 ans lorsqu’il a été contrôlé positif en juillet 2016 lors d’une compétition scolaire. En natation, c’est une jeune de 15 ans seulement qui vient également d’être pointée du doigt. Les choses ont-elles vraiment changé en Chine sur les pratiques élargies du dopage ? La question ne peut que se poser. Dans cette liste, figurent trois athlètes suspendus après un contrôle hors compétition réalisé à GUIZHOU en février et avril 2017. Quoi en conclure, la confirmation d’un usage très répandu ou d’une volonté plus forte de traquer les dopés ?

10 sanctions pour passeport biologique

Le nom de Riad Guerfi apparaît sur cette liste, avec sa suspension pour son passeport biologique douteux remontant à 2013. Ils sont au total 10 à être sanctionnés pour ce même motif, celui de l’utilisation ou de l’essai d’utilisation par l’athlète d’une substance interdite ou d’une méthode interdite. Cela désigne en général l’usage d’EPO et/ou une manipulation sanguine.

A côté du Français, on retrouve MOHAMMED Abdulaziz Ladan d’Arabie Saoudite, avec une irrégularité remontant pour lui aussi à 2013, et c’est encore plus ancien pour le Turc ÇELIK Recep, et l’Ukrainienne SHUMKINA Olena, puisque cela date de 2011.

Sur le passeport biologique, le Maroc se distingue particulièrement avec une nouvelle « livraison » de quatre athlètes. Pour Abdelhadi Fadil, les méfaits débutent en 2011, sa carrière est déjà bien entamée, on l’a beaucoup vu courir en France entre 2006 et 2008, c’est au semi de Paris 2007, qu’il a établi son record de 1h00’43, et sa sanction va ainsi gommer ses résultats de cette année 2011, où il avait terminé 2ème à Daegu 2h08’18’’, son record, et 7ème à New York à l’automne, avant de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis  et en Asie jusqu’en 2013.

Dans le cas de Abdellah Tagharrafet, cela date tout de même de 2009, il n’avait alors que 22 ans, et cette sanction balaie toutes ses performances, de son record sur marathon en 2h08’ établi en 2011, à ses 2h11’ réalisés l’année dernière, et de tous les résultats réalisés à travers le monde entier qu’il a écumé, et surtout en Asie.

Abdelmajid El Hissouf, lui aussi, a basculé à 22 ans seulement, en 2014, et cette sanction va voir tous ses records sur route, du 10 km (28’27’’) au marathon (2h10’35’), s’envoler des tablettes, ainsi que sa 68ème place aux JO de Rio;

Nader Belhanbel, 7ème au Mondial de Pékin en 2015

Nader Belhanbel s’inscrit également dans cette triste tendance, celle du dopage précoce. Il se voit mis en cause en 2015 par l’IAAF pour son passeport biologique, il n’a alors que 21 ans. Dans ce quatuor marocain, Nader Belhanbel détonne, il est le seul pistard, spécialiste du 800 mètres, il vaut 1’44’’64 établi à l’été 2015, juste avant le point de départ de la suppression de ses performances (14 juillet 2015 au 12 mars 2016), alors que sa 7ème place du Mondial de Pékin 2015 va se voir supprimée.

Le parcours de Nader Belhanbel interpelle d’autant plus qu’il a évolué deux saisons en France, sous les couleurs de l’Entente Franconville Césame, présent pour le club francilien pour les interclubs 2015. Et Nader Belhanbel se singularise aussi par la courte durée de sa suspension, 21 mois seulement, et une fin programmée pour le 11 décembre 2017…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photos : D.R.