Dennis Mitchell, le coach embarrassant du 4 x 100 US

4 mai 2015
Le relais US médaillé d'or sur 4 x 100 mètres lors des récents Mondiaux disputés à Nassau

Le relais US médaillé d’or sur 4 x 100 mètres lors des récents Mondiaux disputés à Nassau

Une drôle d’odeur planait autour du relais 4 x 100 mètres lors des Mondiaux disputés ce week end à Nassau. Avec dans cette équipe sacrée championne du monde, trois anciens dopés, Justin Gatlin, Mike Rodgers et Tyson Gay, un team coaché par Dennis Mitchell, lui aussi ancien dopé qui est loin de faire l’unanimité.

 

Lorsque fin 2013,  Tyson Gay se présente devant la commission de l’USADA chargée de statuer sur son cas de dopage, il se met à table et balance des noms en cherchant amende honorable. Il veut sauver sa peau, il veut sauver son statut de sprinter professionnel. Et le premier nom sur la liste est celui de Jon Drummond, l’ancien champion olympique, sacré en 2000 avec le relais 4 x 100 mètres américain.
Mis en cause pour détention, trafic et administration de produits dopants, la sanction sera lourde, une suspension de huit années au cours de laquelle il lui est interdit d’exercer des fonctions d’entraîneur. L’USADA a eu la main lourde pour écarter des pistes celui qui était devenu le coach des relais américains 4 x 100 mètres lors des J.O. de Londres.

?????????Le poste laissé vacant, la fédération américaine se tourne alors vers Dennis Mitchell. Lui aussi ancien sprinter, l’une des charnières majeures du relais US des années 90, lui aussi champion olympique avec le 4 x 100 m à Barcelone en 1992 et deux fois sacré champion du Monde en 1991 à Tokyo puis en 1993 à Stuttgart. L’expérience de Dennis Mitchell n’est pas à mettre en doute. Il a fait ses preuves entre 1987 où à Rome il intègre la première fois le relais US, il n’a que 21 ans, et 1996, 4ème du 100 m à Atlanta.
Mais sur le CV de Dennis Mitchell, il y a également la même grosse tâche que l’on retrouve désormais sur celui de Jon Drummond. En 1998, alors que sa carrière prend du plomb, la brigade l’harponne. Il est suspendu deux années alors qu’il présente un taux anormalement élevé de testostérone. Sa ligne de défense est restée célèbre dans les annales de la lutte anti dopage, celui-ci s’abritant derrière un énorme cache sexe, le cocktail « baise + bière » expliquant que son baromètre hormonal grimpe dans le rouge. Dans le détail, il s’agissait de 5 bières et 4 rapports sexuels la veille de son contrôle !!!

« Mais n’a-t-on pas mieux à mettre à la place ?»

A Nassau, lors du récent Mondial de relais, Dennis Mitchell portait ainsi fièrement le beau sweat de l’équipe nationale flanquée d’un gros USA pour encadrer un 4 x 100 mètres composé par ailleurs de deux anciens dopés. Justin Gatlin et Tyson Gay sans oublier Mike Rodgers qui en 2011 écopait d’une peine légère (9 mois) pour prise d’un stimulant. Le tombeur de Jon Drummond, effectuait là son retour en équipe américaine après une suspension light, un an seulement pour avoir coopéré avec l’USADA.

La presse américaine n’a pas manqué de s’émouvoir d’une telle situation quant à la présence d’un coach d’une telle « renommée qui il y a trois ans avait déjà été proposé à ce poste, nomination alors rejetée : « Mais n’a-t-on pas mieux à mettre à la place ?».
Les raisons de cette colère, que Dennis Mitchell n’ait jamais reconnu les faits et qu’il ne se soit jamais excusé sur son cas de dopage, campant sur une ligne de défense loufoque qui entache à jamais sa réputation et celle d’une fédération complaisante.

A Nassau, l’équipe américaine a remporté le 4 x 100 mètres en 37’’38 avec en 4 majeur, Justin Gatlin, Ryan Bailey, Tyson Gay et Mike Rodgers pour mettre Usain Bolt dans le vent. En conférence de presse, Tyson Gay a pris le micro pour expliquer son erreur. Dennis Mitchell est resté, quant à lui dans l’ombre, sa grosse pancarte dans le dos, pour savourer son succès.

> Texte Gilles Bertrand – photos Getty Images for IAAF