Clémence Calvin se serait soustraite à un contrôle anti-dopage inopiné au Maroc

4 avril 2019

Clémence Calvin, en pleine préparation pour le Marathon de Paris, a reçu au Maroc la visite de l’AFLD qui souhaitait la soumettre à un contrôle anti-dopage inopiné. Mais la jeune marathonienne se serait soustraite au contrôle. Elle encourt une suspension de quatre ans. Son compagnon et entraîneur, Samir Dahmani, nie que ce contrôle a eu lieu.

Clémence Calvin se retrouve dans la tourmente alors qu’elle se serait soustraite à un contrôle anti-dopage inopiné diligenté par l’AFLD. C’est au Maroc qu’une équipe de plusieurs personnes de l’Agence Anti-Dopage Française l’a contactée pour lui demander de se soumettre à un contrôle.  Avec à la tête de cette petite délégation, Damien Ressiot, le Directeur des Contrôles de l’AFLD lui-même, accompagné d’Olivier Grondin, un préleveur très expérimenté avec plusieurs années à son actif, et d’une préleveuse.

Selon nos informations, Clémence Calvin aurait été interpellée dans la rue par le trio, alors qu’elle déambulait avec son enfant dans la poussette. Elle aurait alors demandé à rejoindre son compagnon et entraîneur Samir Dahmani dans une salle de musculation proche. Après un bref échange, elle se serait alors éclipsée en courant de la salle de musculation. Samir Dahmani se serait interposé pour empêcher les préleveurs de la suivre, et ils n’ont pu la retrouver pour la soumettre au contrôle anti-dopage.

Cette attitude est passible d’une suspension de quatre ans, au motif d’une soustraction à un contrôle. Car il ne s’agit nullement d’un no show.

L’affaire est énorme, tant sa place de vice-championne d’Europe de marathon l’avait fait connaître du grand public, son podium avec son fils dans les bras lui avait apporté un capital sympathie dont témoignaient ses comptes Facebook et Instagram.

Samir Dahmani conteste les faits

Les suites s’annoncent très compliquées, puisque Samir Dahmani, le compagnon et entraîneur de Clémence Calvin, nie absolument ces faits. A mes questions sur ce contrôle, Samir Dahmani m’a rétorqué à deux reprises via FB : « Je suis très surpris de cette information. Clémence n’a pas eu de contrôle AFLD pendant son séjour. Elle n’a pas été informée d’une quelconque absence lors d’un contrôle. »

Les rumeurs émanent pourtant de plusieurs interlocuteurs, et jusqu’à l’AIU.

Mais au niveau de la FFA, le président André Giraud l’avoue avec une certaine irritation, il n’a pas pu obtenir d’information officielle de l’AFLD, ou de l’IAAF. Cette affaire survient alors que la toute nouvelle réglementation anti-dopage s’applique, retirant toute compétence anti-dopage à la FFA, pour la placer entièrement sous l’autorité de l’Agence Française Anti-Dopage.

Comme le souligne André Giraud, l’indépendance de l’Agence ne peut qu’être respectée, mais il se montre inquiet à l’idée que sa fédération sportive ne soit pas informée à temps d’un problème susceptible de provoquer une suspension provisoire avec effet immédiat. Surtout qu’il déclare avec force : « Si les circonstances le demandent, il n’y aura pas de passe droit. Clémence sera sanctionnée. »

Or le temps presse pour clarifier cette situation, Clémence Calvin est engagée sur le Marathon de Paris la semaine prochaine, où elle voulait tenter de se qualifier pour les Jeux Olympiques 2020.

Un contrôle à l’étranger, c’est très rare

Pour s’y préparer, elle avait fait le choix d’un stage d’abord au Kenya, qu’elle avait écourté brusquement à la mi-février, avant de remettre le cap sur le Maroc. A Ifrane, à Rabat, à Marrakech ? Les informations divergent selon les uns et les autres, et même Jean-François Pontier, le responsable du marathon français, n’est pas certain de disposer des bonnes informations. D’autant que sur les réseaux sociaux, elle apparaissait à l’entraînement à Martigues…

Ce contrôle inopiné effectué au Maroc par l’Agence Française Anti Dopage se révèle très rare pour un athlète français s’entraînant à l’étranger. Mais le cas de Clémence Calvin commençait à irriter bon nombre d’acteurs de l’anti-dopage, en particulier à l’AFLD, où ses performances étaient scrutées à la loupe.

La jeune femme avait aussi crispé la situation avec l’affaire du record de France du 5 kilomètres qu’elle avait réalisé durant le semi-marathon de Paris, mais auquel elle avait finalement renoncé, en raison des complications autour de la réalisation du contrôle anti-dopage. Elle n’avait pas en effet répondu aux questions que je lui avais posées pour expliquer sa décision, préférant opter pour une réponse via un message Facebook, dans lequel elle soulignait être en permanence soumise aux contrôles anti-dopage, y compris pendant sa grossesse.

Une information qui heurtait à l’AFLD : en réalité, Clémence Calvin avait été supprimée de la liste du groupe cible de l’AFLD, dès le mois de novembre 2016, alors qu’elle était enceinte de 4 mois. Elle n’avait d’ailleurs réintégré ce groupe cible que très tardivement après sa reprise de compétition, seulement  à l’été 2018, pour une entrée en vigueur effective début septembre. Cela signifiait que durant toute sa préparation du printemps et de l’été 2018, l’amenant à ses records sur 10 km, semi et marathon, elle n’avait pas l’obligation de se localiser au quotidien, avec en corollaire, la contrainte d’être présente durant une heure chaque jour pour accueillir un éventuel contrôleur anti-dopage.

Le « cas » Calvin n’a pas fini de produire toutes ses surprises, et de susciter des débats sans fin entre les sceptiques, surpris de son explosion chronométrique de l’année 2018, et les fans, séduits par cette charmante jeune maman, capable de perfer tout en assumant l’éducation de son jeune fils.

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand