Christelle Daunay, une nouvelle réussite à New York

1 novembre 2015

Christelle Daunay réussit une belle performance à New York, avec la 5ème place et un chrono de 2h26’57’’. Elle décroche ainsi sa qualification pour les Jeux Olympiques de Rio, et confirme sa régularité au plus haut niveau mondial.

 

daunay a

 

La démarche est hésitante, le visage fatigué, mais le sourire s’affiche radieux. New York a réussi une nouvelle fois à Christelle Daunay, et elle se réjouit d’entrée à constater son excellent chrono : « Je termine pour la première fois sous les 2h27’ ici ! » Sa place dans le top 5 la comble également, avec face à elle, des compétitrices affichant de grosses performances, avec sept filles sous les 2h25’.

Mais Christelle n’arrivait pas ici comme une simple figurante, et d’entrée, en constatant l’allure du premier mile, elle prenait les choses en main pour se placer sur l’avant, avant de rentrer dans le rang, après avoir constaté que son chrono affichait 17 minutes entre le 5ème et le 10ème kilomètre : « J’ai pensé qu’il fallait rester plus prudente à ce stade. Surtout que le vent commençait à se faire sentir. »

Constamment, elle demeurait ensuite au contact du groupe leader, et à l’accélération, elle bataillait, s’épaulant un moment avec la Portugaise Sara Moreira, puis seule, pour maintenir l’allure. Et elle se battait jusque dans les derniers mètres, pour supplanter la Kenyane Priscah Jeptoo, et s’adjuger ainsi la 5ème place.

Qualifiée pour les JO de Rio

La qualification olympique est maintenant acquise, et très haut la main. Le minima exigé sera très probablement fixé à 2h30 par la FFA, et non pas à 2h28 comme envisagé un temps (1). Christelle se situe ainsi à 3 minutes de cette barre fatidique, et son soulagement apparaît visible.

Car Christelle revenait de très loin, et elle l’avoue avec franchise, la préparation lui a beaucoup coûté sur le plan physique : « Bien sûr, j’ai des acquis. Mais avec l’âge, je suis vraiment repartie de très bas, et les premières séances ont été difficiles. Après, l’acquis permet de retrouver son niveau plus rapidement. »

Le mental n’a pas été le moins sollicité, elle le reconnaît timidement, et comme le soulignait Frédéric Bouvier, son compagnon : « Plus d’une fois, elle m’a dit, c’est mon boulot, il faut que je le fasse quoi que ça me coûte ! »

Le courage au quotidien

Et Cédric Thomas, son coach, d’insister : « Aujourd’hui, elle y a été au courage. Pendant la préparation aussi. » Par la faute de son long arrêt au printemps, le duo s’est ainsi trouvé dans une situation inédite, comme le dévoile Cédric : « On a beaucoup plus parlé. Il n’était pas question de se voiler la face. D’habitude, les séances étaient toujours très bonnes. Cette fois, elles n’étaient pas mauvaises, mais elles étaient moins bonnes. »

Et ce point ne pouvait que poser questions au coach, certain de la capacité de sa protégée à assumer les séances marathon : « Le kilométrage ne pose pas souci à Christelle », et conscient de l’exigence à absorber les séances spécifiques pour la vitesse. Mais le duo a su bâtir la bonne stratégie : «On n’a jamais sombré dans le découragement. Ni elle, ni moi. L’idée était plutôt de se dire comment on va faire pour que ce soit mieux dans une semaine. »

La prestation new yorkaise de Christelle l’a comblé. Son œil exercé a bien repéré son insuffisance de ses quadriceps : « On le voyait bien dans les côtes, elle était moins à l’aise que les autres. » Mais à aucun moment, il n’a tremblé : « On est certains d’une chose, c’est que Christelle n’explosera pas pendant la course. On a vu ici que Priscah Jeptoo (au record de 2h20’) a explosé complètement, mais on peut être sûrs que cela ne va pas arriver à Christelle. »

11 marathons, tous réussis

Car comme le rappelle Christelle avec une fierté légitime : « Je suis très régulière. Je termine ici mon 11ème marathon. Je les ai toujours réussis. J’ai une vraie régularité. C’est une satisfaction d’être toujours présente au rendez-vous. » Et Cédric d’abonder : « Elle finit dans le top 5 d’un major. A chaque fois, elle compte dans les 5 à 7 meilleures mondiales d’un Marathon Majeur. »

Une performance rendue encore plus exceptionnelle par l’âge, la Française affiche presque 41 ans, et elle remporte au passage à New York le titre des masters. Mais Christelle ne veut pas s’appesantir sur cette donnée, et préfère se réjouir d’avoir pu une nouvelle fois s’exprimer sur cette épreuve qu’elle adore. Au point qu’elle balaie toutes les contraintes inhérentes à ce mastodonte, comme le départ en bus vers la zone de départ, très matinal, dès 6 heures du matin, ou encore cette fin de course très vallonnée, à absorber alors que les jambes sont déjà lourdes.

Sur les bases du record de France

Là encore, sa maîtrise se révèle excellente, avec un premier semi couru en 1h12’57’, et le deuxième en 1h14’, un débours de seulement 1 minute. Le chrono final s’affirme comme une simple confirmation des extrapolations bâties par Cédric Thomas au vu ses ultimes séances : « Je l’estimais sur les bases de son record de France, 2h24’20’’. »

L’année dernière pour son titre européen de Zürich, le coach la prédisait capable de courir en 2h21’30’’, et il explicite comment : « Elle avait fait une séance enchaînant 5+10+2, et pour le 10 km, elle se situait à 10 secondes seulement du record de France. Or quand on est capable de courir à cette allure dans une séance de 17 km et avec une semaine à 180 kilomètres dans les jambes, c’est qu’on peut courir le marathon en 2h21’30’’. »

Le coach ne manque pas de certitudes, mais la plus forte est peut-être celle-ci : « Christelle est capable de courir en 2h28’ sans rien faire de spécial. Elle n’a même pas besoin d’entraîneur pour cela ! Je ne suis utile que pour gagner quelques minutes autour des 2h24’. »

Et déjà, il se prend à rêver d’une préparation idéale pour les JO de Rio, sans ce gros creux de trois mois qui les a perturbés tout le printemps. Avec malgré tout, en ce début novembre, une si belle démonstration…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand
  • (1) Les minimas olympiques du marathon devraient être annoncés cette semaine par la FFA, avec 2h30′ pour les femmes et 2h11′ pour les hommes