Caster Semenya et les hyperandrogynes mises sur la sellette par l’IAAF

5 juillet 2017

L’IAAF relance le débat autour des athlètes hyperandrogynes, avec la publication d’une étude estimant que les athlètes féminines affichant des taux élevés de testostérone, obtiennent un niveau de performance supérieur à celles dotées de taux plus faible, variant entre 1.8 à 4.5% selon les disciplines. L’IAAF utilisera ces informations pour obtenir du TAS l’autorisation d’exiger à nouveau des traitements hormonaux pour les hyperandrogynes. La domination outrancière de Caster Semenya sur le 800 mètres est-elle menacée ??

 

monaco semenya nyonsaba

Caster Semenya bientôt contrainte à des soins hormonaux par l’IAAF ? C’est le raccourci que quelques journalistes, en particulier britanniques, ont choisi pour résumer la nouvelle enquête présentée par l’IAAF sur le thème des liens entre les taux de testostérone des athlètes féminines et leur niveau de performances.

L’étude menée par les docteurs Stéphane Bermon and Pierre-Yves Garnier, dévoile en effet qu’un taux de testostérone plus élevé correspond à des performances plus fortes, dans une fourchette variant entre 1.8 et 4.5% selon les disciplines. UN chiffre obtenu après l’analyse de 2127 échantillons prélevés à l’occasion des Championnats du Monde 2011 et 2013, et mis en relation avec les résultats pour chaque discipline. Dans leur rapport, les deux chercheurs font apparaître le chrono moyen, le chrono des athlètes dotées d’un faible taux de testostérone, et de celles dotées d’un taux élevé de testostérone.

Les données apparaissent contradictoires, avec par exemple pour le 100 mètres, une moyenne de 11’’88, mais 11’’78 pour les faibles taux, et 12’’09 pour les taux élevés. Et pour le 800 mètres, une moyenne de 121’’60 (2’01’’60), une marque de 2’22’’68 pour les faibles taux, et de 2’00’’50 pour les taux élevés.

C’est bien sûr sur cette distance du 800 mètres que se cristallisent toutes les analyses, autour de l’égérie des hyperandrogynes, Caster Semenya, pour aller jusqu’à prédire que la championne olympique en titre pourrait vivre à Londres ses derniers mondiaux, dans le cas où les règles IAAF évolueraient pour réintégrer une obligation de soins hormonaux aux athlètes hyperandrogynes.

L’obligation de soins interdite par le TAS

Car cette étude a été bâtie par l’IAAF en vue d’obtenir du Tribunal Arbitral du Sports le droit de revenir à cette contrainte que l’instance internationale avait imposée à quelques athlètes, dont Caster Semenya, après l’énorme polémique suscitée par la domination outrancière de la Sud Africaine, dans les années 2009-2011.

Mais la plainte déposée auprès du TAS de Lausanne par l’Indienne Dutee Chand avait débouché à l’été 2015 sur une interdiction de telles pratiques par l’IAAF, au motif que l’avantage apporté par un taux élevé de testostérone ne serait pas réellement démontré.

L’IAAF disposait d’un délai de 2 ans pour apporter une telle preuve, et ce rapport sera soumis au TAS très prochainement, avec l’espoir d’obtenir une levée de l’interdiction de ces traitements hormonaux imposés afin d’atténuer l’avantage apporté par la particularité physiologique des hyperandrogynes.

L’IAAF a-t-elle une chance d’imposer son point de vue ? Visiblement, les avis des différents experts divergent. Les nombreuses données figurant dans le rapport, leurs discordances selon les disciplines, créent une certaine confusion, et le chiffre d’un avantage d’au moins 10% est souvent cité comme le « minimum » exigé par le TAS pour donner raison à l’IAAF contre les athlètes hyperandrogynes, évidemment hostiles à l’idée d’une quelconque obligation de soin.

Quoi qu’il en soit, la décision du TAS n’affectera en aucun cas Londres 2017, ce Mondial se déroulera selon les règles actuelles, et on peut déjà prédire un podium du 800 mètres très semblable à celui des JO de Rio 2016, avec Caster Semenya, Francine Niyonsaba, Margaret Wambui…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand