CA Montreuil, Audrey Ciofani en fer de lance

19 mai 2015

Créé en 2008 à Bobigny, le pôle réservé aux lanceurs porte ses fruits. Audrey Ciofani, la fille de Walter Ciofani qui est à l’origine de ce centre d’entraînement, est l’une des grandes espoirs du lancer de marteau. Mais aussi pilier du CA Montreuil pour conduire ce club vers la victoire en finale des Interclubs.

 
« Le concours de marteau aura bien lieu à Tourcoing et non pas à Villeneuve d’Ascq comme c’était programmé» : Le petit coup de gueule de Walter Ciofani a fini par payer. Il ajoute : « On lancera donc devant tout le monde. Je suis devenu juge en partie pour cela. Pour expliquer et pour démontrer que tout est possible ».

Audrey Ciofani dans le même tourbillon que son père

Audrey Ciofani dans le même tourbillon que son père

Lorsqu’un dossier est à défendre, Walter Ciofani est pugnace. A quoi doit-il ce trait de caractère ? A ces années à tourner, à tourner sur orbite dans une cage pour libérer dans les airs cet engin si particulier que peut être le marteau ?

Pourtant, il n’est pas du genre à taper du poing sur la table avec sa bonne bouille tranquille barrée par une longue mèche de cheveux blanchis par le temps qui passe. Une force tranquille habituée à gérer les équilibres comme lorsqu’il s’agit de libérer cette boule de fonte, sur la pointe des pieds, entre deux filets et une fenêtre ouverte sur le ciel.

Pour la création en 2008 du centre spécialisé lancer, il s’est battu comme un beau diable, dix ans à plaider la cause, sa cause, « pour trouver un moyen de faire vivre la famille des lancers » explique-t-il, un noyau de costauds longtemps sacrifié sur l’autel de l’athlé spectacle.

Ainsi est né ce pôle dans le 9.3 soutenu par les collectivités locales avec dès la première année une dizaine de lanceurs tentés par l’aventure, le breton Baptiste Kerjean, le tarbais Maxime Rolnin et Marthe Piguel avec comme double objectif, réussir sur les deux tableaux, scolaire et sportif, indissociables aux yeux de cet ancien lanceur, 8ème et finaliste aux J.O. de Los Angeles en 1984 et 6ème au Mondial de Tokyo en 1991 à un cil du podium.

Dès le départ, elle a su réaliser trois rotations et lancer

Sept ans plus tard, 35 athlètes appartiennent à ce pôle de l’espérance, lanceurs de poids, de marteau et de disque qui seront rejoints à la rentrée prochaine par les espoirs du javelot. Namakoro Niaré, celui que l’on surnomme Monsieur 4M pour avoir disputé les J.O. de Mexico, Munich, Montréal et Moscou, fort de son expérience au long cours, a quant à lui rejoint l’équipe technique « C’est devenu une place forte » confie Walter Ciofani « Nous avons une renommée internationale. J’ai moi-même une bonne réputation dans le milieu. Nous avons même un coach d’une université américaine qui vient recruter chez nous ».

Le père et la fille, Walter  et Audrey Ciofani. Une passion commune pour le marteau.

Le père et la fille, Walter et Audrey Ciofani. Une passion commune pour le marteau.

Aujourd’hui, Willy Vicaut et Audrey Ciofani sont les leaders de ce groupe. Willy, le frère de Jimmy le sprinter, Audrey, la fille de Walter, qui à l’âge de 9 ans s’accrochait déjà aux mailles du filet. Le père a tout fait pour convaincre la gamine de ne pas rentrer dans la cage mais la porte était trop grande ouverte. Le père se souvient : «C’était à Bobigny, elle m’entendait donner des consignes sur le plateau, pour poser ses pieds pour pivoter. Dans mon dos, elle faisait cela toute seule. Et dès le départ, elle a su réaliser trois rotations et lancer ». Audrey se souvient elle aussi. Elle précise : « J’ai une photo qui a immortalisé cela. J’aime cette discipline parce que j’ai un bon feeling avec l’engin ».

Quatrième aux Mondiaux juniors en 2014 avec 63,30 m et cette année, aux portes des 70 mètres dès le premier round des Interclubs avec 69,25 m, Audrey Ciofani a pris un tour d’avance. Explication du coach : « Elle possède un relâchement exceptionnel, elle a des sensations, elle peut donner de la vitesse. Ses faiblesses ? Elle manque peut-être un peu de combativité mais cette année, elle me surprend. Comme à Lieria en Coupe d’Europe (68,20 m). Elle remporte le concours en Elite B alors qu’elle n’est que junior ». Audrey confirme les propos du père : « Cette année, j’ai beaucoup progressé en puissance et en vitesse ». Cinq fois par semaine à rentrer dans le plateau, à tourner une heure marteau lourd au poignet, puis à soulever de la fonte. « Je me suis plus concentrée sur les entraînements ». Mais ce sont les études qui en ont souffert. Audrey s’était inscrite en première année de droit mais elle fut très vite en délicatesse sur les bancs de la fac. Aujourd’hui, une conseillère l’aide à se réorienter pour trouver la filière qui lui permettra de s’inscrire au sein de l’INSEP dans une logique de haut niveau tout en suivant un cursus universitaire. Objectif : à court terme, les Europe juniors, à moyen terme les 72 mètres et une sélection pour les J.O. de Rio qu’elle espère disputer non loin de sa sœur Anne Céline qui elle, ballon ovale sous le bras, partage le même rêve, intégrer l’équipe de France mais en rugby à 7.

Pour Walter Ciofani, la carrière naissante de sa fille, c’est le prolongement naturel de sa propre carrière. Il y a symbiose. Audrey explique : « Je suis d’un naturel rigoureux. Ce qu’il dit, je le fais car je suis très sérieuse. Il n’y a pas de cris, aucune tension inutile. Je suis dans les meilleures conditions ». Elle ajoute avec un petit sourire en coin : «En famille, on sait également faire la part des choses, car tout le temps le marteau en tête, ça rend marteau ».

Ce dimanche, sur le terrain d’honneur de Tourcoing, Willy Vicaut au poids et Audrey Ciofani au marteau seront à nouveau deux pièces maîtresses du CA Montreuil pour la finale des Interclubs. Walter Ciofani le confirme : « Les Interclubs, cela valide la travail effectué au pôle de Bobigny. Pour réussir, il faut un collectif ».

> Texte Gilles Bertrand
> Photos : Conseil Général 93