Boxberger-Serra, un nouveau scandale autour de la FFA

21 novembre 2019

Le contrôle positif d’Ophélie Claude-Boxberger devient un nouveau scandale pour la FFA. Non seulement il s’agit de la troisième affaire de dopage concernant des athlètes de l’Equipe de France, mais les gendarmes de l’OCLAESP ont procédé à une réquisition au siège de la FFA pour obtenir les suivis médicaux réglementaires de l’athlète… Le Président Giraud est convoqué ce jeudi par la Ministre des Sports.

Le doute profite toujours à l’accusé. Ophélie Claude-Boxberger veut voir cet adage respecté. Alors, elle nie la réalité de son contrôle positif à l’EPO, constaté par l’AFLD suite à un contrôle inopiné. C’est ce qu’elle a expliqué, du bout des lèvres, à l’Est Républicain. Elle conteste avoir pris de l’EPO, annonce exiger l’examen de son échantillon B, et pointe du doigt dans un message FB de ce mercredi 20 novembre trois personnes de son entourage.

La jeune femme est pourtant informée depuis le 5 novembre de l’irrégularité de son échantillon, prélevé juste après son retour de stage de Font Romeu, et à la veille de son départ pour le Championnat du Monde de Doha.

Elle a eu la surprise de recevoir sa notification en même temps que la visite des gendarmes de l’OCLAESP, chargés de perquisitionner son domicile, sur la demande du Parquet de Paris, qui a ouvert le 14 octobre une enquête préliminaire pour « infraction à la législation sur le dopage ».

Le Docteur Jean Michel Serra, présent chez elle à cette occasion, n’a pu échapper à quelques questions des gendarmes, sans qu’il ne lui soit, à ce stade, fait aucun reproche officiel.

Le couple revenait alors de leurs vacances à Cuba, effectuées immédiatement après Doha et l’annonce officielle de leur relation intime, avec les photos diffusées par Ophélie Claude Boxberger dès le dimanche 29 septembre, en plein Mondial, et la mention de vie commune apparue le 12 octobre sur le compte FB du Docteur Serra.

Une réquisition au siège de la FFA pour saisir le dossier médical !

Dès lors, il n’est plus possible pour la FFA d’ignorer ce qu’elle a tenté de dissimuler depuis plusieurs mois. Sans grande clairvoyance, tant cette affaire Boxberger-Serra contenait en germe des éléments inquiétants. Quelques mois plus tard, cette obstination débouche sur une réquisition au siège de la FFA ce lundi 18 novembre, afin d’obtenir la saisie des suivis médicaux réglementaires d’Ophélie Claude Boxberger.

Un élément confirmant les doutes des enquêteurs sur la réalité de ces suivis. Dès le début de l’affaire Calvin, des questionnements étaient apparus sur ces analyses obligatoires, certes chargées essentiellement de détecter d’éventuels problèmes de santé, mais pouvant trahir au passage des dérives dopantes.

Mais le choix des dates des suivis et des éléments biologiques analysés dans ces prélèvements peut évidemment permettre d’éviter certaines périodes plus propices aux dérapages. Et selon nos informations, le constat effectué sur le dossier de Morhad Amdouni fait apparaître un espacement très large des dates des suivis, effectués à très grande distance de l’objectif principal, laissant ainsi un laps de temps conséquent pour laisser toute latitude aux manquements.

Le cas Claude Boxberger reproduira-t-il les mêmes errements ? L’enquête effectuée à la demande du Parquet de Paris le fera apparaître.

Ce serait alors un élément supplémentaire à charge contre la FFA, qui s’évertue à se présenter en victime dans ces affaires, en insistant sur le rôle prédominant maintenant de l’AFLD dans la lutte anti-dopage, et sur l’impossibilité de réagir sur le Docteur Serra compte tenu de son statut de salarié. André Giraud a encore validé cette posture lors d’une conférence de presse menée à Saint Malo après l’annonce du contrôle d’Ophélie Claude Boxberger.

Le refus d’entendre les alertes lancées

Toutes les tentatives pour une incitation à plus de clairvoyance effectuées par divers acteurs de l’athlétisme et de l’anti-dopage ont pourtant été balayées par le Président Giraud et son équipe. Ainsi de la démarche de quelques jeunes entraîneurs, reçus en mai par le Président, et qui souhaitait constituer un comité de lanceurs d’alerte afin d’informer la FFA des noms d’athlètes qu’ils estimaient douteux en raison de leur progression de performances et/ou de leurs attitudes et/ou de leur entourage. Et justement Ophélie Claude Boxberger aurait figuré sur cette liste qui n’a jamais été dressée, faute d’intérêt marqué par la FFA.

Marie Christine Cazier, membre du Comité Directeur de la FFA, avait aussi attiré l’attention le 7 juin dernier lors d’un Comité Directeur sur les SMR et AUT, mais là encore pas de retour à sa demande de constituer un audit médical indépendant, pour analyser les suivis longitundiaux et AUT sur les huit années précédentes. Depuis, l’ancienne athlète s’est déclarée candidate à l’élection de président de la FFA, programmée pour 2020.

Moi-même, j’avais tenté de lancer un avertissement à la FFA, d’abord auprès d’André Giraud, début mai 2019, puis de Souad Rochdi, sa directrice générale, en juin 2019, sur les risques explosifs présentés par la relation de couple entre Ophélie Claude Boxberger et le Docteur Serra, compte tenu de la démarche officielle du médecin auprès de l’AFLD pour questionner sur son nombre de contrôles. Sans aucun succès. Au contraire, puisqu’après la parution le 7 octobre de l’article intitulé « La FFA engluée dans les sales affaire », le Président Giraud m’avait adressé une lettre recommandée me menaçant de plaintes en diffamation. Au prétexte que j’évoquais à tort un «laxisme » dans la gestion des dossiers, et que je faisais preuve d’une animosité personnelle en mentionnant l’obstination de Souad Rochdi à soutenir le docteur Serra.

Cette lettre datée du 11 octobre m’était parvenue le 31 octobre. L’enquête du Parquet était déjà lancée en secret. Cinq jours plus tard, avait lieu la perquisition chez OCB en présence du docteur Serra. Trois semaines plus tard, les gendarmes se présentent avec une réquisition à la FFA, et le président Giraud se voit convoqué en urgence par la Ministre…

Et la conclusion demeure la même qu’au début octobre : « Entre demi-mensonges, demi-vérités, une question émerge : « Tous responsables ou tous inconscients ???? »

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : DR