Bilan Marathon français, sortez les mouchoirs

27 juillet 2015
Christelle Daunay à Pékin en 2008 devant le Nid d'Oiseau

Christelle Daunay à Pékin en 2008 devant le Nid d’Oiseau

 

Pour le Mondial de Pékin, un seul coureur français a réussi les minima sur marathon, Abdellatif Meftah avec un temps de 2h 11’11’’. A l’image du 5000 et du 10 000, le marathon français est au plus mal et rien ne permet d’envisager un avenir radieux.

 

En 1986, la vie de Jocelyne Villeton change de cap. Certes, c’est l’une des meilleures Françaises sur 10 000 mètres mais en prenant la seconde place du marathon de Paris dans le temps de 2h 32’22’’, puis en se classant 5ème des Europe, son statut change.
La médiatisation du marathon n’est pas celle d’aujourd’hui, mais néanmoins, la Stéphanoise rentre dans le gotha des grandes dames du marathon. Elle le confirme de belle manière l’année suivante. Lors des Mondiaux de Rome, elle remporte la médaille de bronze en réalisant 2h32’53’’ puis dans les rues de New York, en 2h32’03’’, elle se classe troisième d’une épreuve qui embrase la planète marathon.

Etait-ce l’âge d’or du marathon français ? Les nostalgiques n’hésiteront pas à répondre : « Evidemment que oui ». C’est la génération Chauvelier, 5 fois qualifié à un Mondial entre 1983 et 1997 et médaillé de bronze aux Europe en 1990, c’est la génération Maria Lelut, elle aussi médaillée de bronze à Split et 5ème du Mondial en 1991 et 2h 29’04’’, c’est la génération Françoise Bonnet, 14ème aux J.O. de Séoul et seconde à New York en 2h 31’18’’ devant Jocelyne Villeton.
Dominique Chauvelier, le premier concerné, n’est pas du genre à verser sa petite larme sur le temps passé. Avec son franc parlé habituel et l’expertise de celui qui a traversé 30 ans de marathon, il est intraitable pour juger et qualifier sa génération : « On bossait dur et on ne se posait pas de question ».
Quant à formuler un avis sur la génération actuelle, sa liberté lui fait dire sans retenue : « Aujourd’hui, les coureurs calculent trop. Ils sont dans une logique du tout tout de suite. Alors qu’il faut apprendre. Il faut se faire remarquer. Je leur dis toujours : « Mais les gars, on ne vous voit jamais courir. Mais sortez, allez courir Marvejols – Mende même si ça fait mal aux jambes ». Aujourd’hui, tu as l’impression qu’ils sont morts après leur marathon ». J’ai l’impression qu’ils courent plus par intérêt ».

Le 4 x 1500, là aussi on y était. Ca allait vite, ça donnait du pied. C’était bon pour le marathon

La génération 83, appelons la ainsi, elle a femme (ou mari) et enfants. Elle a un emploi, le plus souvent à plein temps. Elle a une culture cross ou piste, souvent les deux, plutôt orientée 5000 – 10 000, chatouillée l’hiver par les coureurs de 15 qui tirent vers le haut. Le niveau de cette troupe : autour des 29’ au 10 000. Elle a l’esprit club, plus précisément l’esprit Interclubs. Dominique Chauvelier se souvient : « Si on avait les Interclubs une semaine après le marathon de Paris, on y allait et on courait en 14’15’’ – 14’25’’. On ne se disait pas : « Ah non, il faut que je récupère». Le 4 x 1500, là aussi on y était. Ca allait vite, ça donnait du pied. C’était bon pour le marathon ».

C’est une génération qui en profite, heureuse de se retrouver un jour à St Maur pour se prendre « une branlée » sur 25 tours, le dimanche sur la route avec femmes et enfants. Des souvenirs encore de celui qui un jour de printemps avec un lacet dénoué bloquait le compteur à 2h 11’24’’ lors d’une Coupe du Monde disputée à Milan devant le Duomo : « On avait envie de faire du marathon par passion, pour ce que cela représentait. On achetait Spiridon. On connaissait l’histoire du marathon. C’était notre passion ».

Et lorsque l’on évoque les probables différences entre hier et aujourd’hui à propos des méthodologies d’entraînement, Dominique Chauvelier hausse le ton pour affirmer : «Avec Jacques Darras (l’entraîneur de Jean Louis Prianon), c’était très simple et logique sans grande notion de physio. Nous n’avions pas de sorties agressives. Notre programmation était toujours identique et simple. Ma dernière séance d’avant marathon aussi avec 20 + 10, les 10 derniers kilomètres en 31’ sur piste ».

Et lorsque cette petite troupe se retrouvait sur la ligne de départ de l’épreuve sélective, ce mélange tangible de camaraderie et d’enjeu personnel est palpable, perceptible et communicatif. La phrase de Dominique Chauvelier est explicite : « Nous étions des individuels en collectif ».

Cette petite phrase taquine est non fortuite, elle vient en ricochet aux bonnes intentions de la FFA posant les bases d’un plan de relance marathon qui pour l’heure n’a pas encore porté ses fruits. Les envolées lyriques d’après Zurich alimentées par la victoire de Christelle Daunay n’ont été que de courte durée. La sanction est tombée : pour ce Mondial de Pékin, un seul coureur est rentré dans les radars des minima, Abdellatif Meftah avec son temps de 2h 11’11‘’.

Le marathon français a été sauvé du naufrage par l’infusion des marathoniens légionnaires

Depuis 10 ans, depuis les 2h 10’52’’ de David Ramard, le marathon français a été sauvé du naufrage par l’infusion des marathoniens légionnaires. Sur les 10 coureurs de fond qui ont réussi les minima entre 2006 et 2015, 8 sont originaires de ce corps d’armée, l’éphémère Larbi Es Sraidi (2h 10’08’’ en 2009) et Benjamin Malaty (2h 12’00’’ en 2013) font exception.

Alors comment peut-on se bercer d’illusions et faire croire que l’on peut sauver le sergent marathon alors que depuis une décennie celui-ci ne doit sa survie qu’à l’intégration de coureurs d’origine africaine ?

Sans aucun réservoir, les cuves vides du côté du 5000 et du 10 000, dans l’attente d’une génération miraculeuse à venir, sans démarches privées telles que l’on trouve aux Etats-Unis, en forte concurrence face à un trailrunning très captif, l’avenir du marathon français est sombre. La discipline est vouée à jouer les pleureuses. Ou bien faut-il tout simplement se réjouir de l’engouement constant pour une discipline qui suscite toujours autant le rêve chez les coureurs qui n’ont qu’une prétention « finir un marathon ».

> Texte et photo Gilles Bertrand