Arnaud Laviolette, l’athlé en rose et noir

8 mars 2017
Arnaud Laviolette

Arnaud Laviolette

Arnaud Laviolette a appris le goût de l’écriture en lisant les textes de Robert Parienté et de Alain Billouin dans l’Equipe. Ancien coureur de 15, il s’est passionné très tôt pour l’athlé au point d’en être un fin connaisseur et un observateur avisé. Il est aujourd’hui correspondant pour le quotidien Ouest France dans la Sarthe, un département riche en actualité athlé. Portrait.

 

Un algeco surchauffé, un coin café négligé, des photographes trempés, inquiets, la rédaction sport de Ouest France au complet, bottes au pied, c’est dans un petit coin de cette salle de presse que nous nous sommes rencontrés. Entre deux courses, entre deux portes qui s’ouvrent et se ferment, nos coudes sur un coin de table à pousser de la main gobelets de café froid et miettes de pain.

Arnaud Laviolette est correspondant Ouest France édition Sarthe pour les pages athlé depuis douze ans. Correspondant, c’est ainsi qu’il se définit, c’est ainsi que l’on nomme, ces hommes, ces femmes qui, en Province, sont les témoins d’une actualité à noircir les pages locales des quotidiens régionaux. Ils écrivent sur les potins, les poignées de main. Ils grattent sur les repas des aînés, les pères Noël de fin d’année, les Sainte Barbe et les feux de cheminée, des papiers rarement signés, vite oubliés. Mais dans ce brouillon d’anonymes de la presse, témoins du présent, se dissimulent parfois des passionnés, des spécialistes, des plumes à la pointe fine, Arnaud Laviolette est de ceux-là.

« Je n’ai jamais été encarté, car cela restreint le cadre, c’est peut-être plus confortable, je suis observateur de la vie » c’est ainsi que se définit ce quadra, petit-fils d’une famille communiste « du côté de mon père », un père ancien informaticien à la RATP, qui lui a dilué sa pensée. Aujourd’hui, il est maire PS de Brie Comte Robert.

Dans le 72, dans ce département très athlé, dans les contours du Bois de l’Epau, là où certains rêvent de créer un Eugene à la française,  le territoire d’un Chauvelier, d’une Daunay, désormais d’un Boquillet, Arnaud Laviolette, c’est une signature, un nom connu et reconnu. Celui qui fouille, dans le linge sale des crosseux, celui qui parfois trempe sa plume dans la fosse de l’athlé, celui qui furète au-delà des simples apparences. Couché sur le papier, ça fait du bien, l’athlé reste un beau sport à raconter. Parfois ça fait mal, ça irrite, ça emmerde. Il va même à poser des bombinettes ici et là, du poil à gratter sous les aisselles de certains. Des pièges à prise de bec, à des échauffourées, à ce petit jeu, Arnaud Laviolette a bien entendu des followers, des amis, des vrais et des faux mais aussi ennemis. Il l’avoue « je n’ai pas que des amis. Mais je suis autonome. J’ai une confiance totale de mon rédac chef, Stéphane Bois » qui est devenu justement son ami. Ils partagent ensemble deux passions, le sport et le vin. Chaque année, c’est soit du côté de Beaune, c’est soit du côté de Pauillac qu’ils font une virée. Le vin, c’est comme le cross, c’est une question de cépage. Il faut avoir bon pied.

Arnaud Laviolette en compagnie de Christelle Daunay

Arnaud Laviolette en compagnie de Christelle Daunay

Arnaud Laviolette est né avec l’Equipe et les Miroirs de l’Athlé pas très loin du berceau. Enfin presque. Son père n’est qu’un modeste coureur de 4 et de 8, le fiston hésite sur les chronos du paternel « 52’’ ou 53’’ sur 400 et 2’01’’ sur 800 », mais c’est un homme de chiffres et de passion. « J’ai appris à lire avec l’Equipe » c’est ce qu’affirme le correspondant de Ouest France. Les textes de Robert Parienté et d’Alain Billouin, et leur phrasé aristo athlé, il s’en délecte. Années 70 – 80, les deux grandes plumes de l’Equipe ont de la place pour conter les exploits d’alors, les 1’43’’5 de Juantorena à Montréal, les 12’58’’39 de Saïd Aouita en 1987, les chassés croisés de Vigneron, Quinon et Houvion à la perche, début des années 80. Il ajoute «le truc de mon père, c’était de me faire apprendre les records du monde ».

Arnaud Laviolette se construit donc une culture athlé. A cinq ans et demi, il court le 1000 en 5’15’’ sur la piste de l’ASPTT Paris au stade de Villecresnes. Premiers pas dans la foulée d’un père qui, en 1983, se rend à Helsinki pour assister aux premiers championnats du Monde. En 1986, le fiston est cette fois sur la banquette arrière, direction Stuttgart pour les Europe « j’avais treize ans, l’âge de l’innocence. Je me souviens de Yuriy Sedykh qui balance son marteau à 86 mètres et tout le stade debout qui applaudit. Je me souviens encore de Sebastien Coe qui remporte ce jour-là son seul titre sur 800 mètres*». Coe justement, l’idole, « je rêvais d’être Coe. Mais en deux lectures, avec 62 – 63 de vo2 max, tu apprends vite que c’est impossible ». Ce sont également les soirées St Maur. Elles mettent du ciment, un brin d’âme, dans l’apprentissage d’un sport si divers « mon père y a vu courir Jazy lors de son record du monde du 2000 en 1966. Moi, je me souviens d’une soirée où Philippe Dupont tente les minima pour les J.O. de 84 ». Il ajoute «il y a deux ans, je suis allé au France de 10 000 à St Maur. Lorsque j’ai franchi la porte, j’ai fait une photo ». Il précise « dans ce stade, on rentre ailleurs ».

« Finalement, je ne sais pas si j’aurais aimé être journaliste sportif »

Arnaud Laviolette aurait pu devenir journaliste sportif. Son copain de Fac, Frédéric Sugneau prend cette option. Lui choisit le classicisme pour obtenir au final un DESS option communication à Sciences Po doublé d’une année dans une université américaine à Kenocha dans le Wisconsin. Il explique « pour la culture » avant de préciser « finalement, je ne sais pas si j’aurais aimé être journaliste sportif ».

« La Sarthe, c’est le département où il faut être lorsque l’on aime l’athlé » Arnaud Laviolette n’est pas le seul à le dire, à l’affirmer. Le hasard a donc bien fait bien les choses lorsque ce Parisien pure souche débarque dans le 72, recruté en 1999 pour prendre en charge la communication des travaux liés à la construction du Tram. La famille athlé l’intègre dans le microcosme local. Il court bien, il chasse une décade et plus aux frontières des 3’50’’ sur 1500 mètres et des 15’ sur 5000 mètres « j’ai réalisé 3’52’’ en 2003 mais si j’ai bien un regret, c’est de ne pas avoir couru en moins de 3’50’’ ». Quant au 5000, cet élève de Jean Faury, un adepte de Lydiard, et de Michel Disch pour la vision du haut niveau, c’est en 2006 qu’il s’y attaque vraiment tout en courant en D1 avec le club de Rennes en duathlon. Sur la piste de Carquefou, il réalise 14’47’’, mission accomplie. Il ajoute pour ne laisser aucune case vide dans ce vaste puzzle « j’ai même réussi 4960 points au décathlon, et 40 mètres au javelot, c’est pas mal pour un coureur de demi-fond ».

Au Mans, il se fait des amis, il cite Benoît Holzerny. Il se sent proche des entraîneurs des sous-sections locales, Jean François Chrétien, Jean Michel Maillard. Il entraîne lui-même Florimond Naullaud, 14’50’’ sur 5000, Marion Guillemin, deux saisons, ainsi que les journalistes Stefan L’hermitte et Franck Moulin pour le marathon de Paris. Il affiche son respect pour Jean Michel Jarry et Dominique Chauvelier pour la création d’Endurance 72 en 1998.  Il affirme « je me sens entre tradition et modernisme. J’ai une culture du passé, je me sens plus traditionnaliste. Ma culture, c’est Auckland ». Par la petite porte, il signe ses premiers papiers comme correspondant à Ouest France en 2006. Il croise même la route du magazine VO2, version « track origin », « j’y avais une liberté de ton ». Il poursuit également son chemin, de championnat en championnat, les étés venus, Göteborg, Séville, Paris, Berlin. Son plus beau souvenir «le saut de Johnathan Edwards à Göteborg. Son sourire, je le trouve beau, intelligent, posé. Il a un côté « Chariot de Feu » qui me plaît ».  Son plus mauvais « Séville avec la victoire d’Anton par 38° de chaleur ». D’un coup d’épaule, la porte cède, les soupçons de dopage s’installent, des images qui oxydent, des convictions plongées dans un bain d’acide. On ne s’en remet jamais « le dopage en France, c’est le nuage de Tchernobyl, j’ai développé un sentiment de frustration, cela m’a cassé ma passion ». Même si dans cet horizon bouché à l’encre noire, il y a des fissures, des instants de bons sens, des éclairs de lumière dans ces vitraux brouillés, il cite «les départementaux de cross » qu’aucun repas de famille ne lui ferait manquer, il cite encore « la victoire de Benjamin Malaty au France de cross en 2012, la seconde place de Jacqueline Gandar en 2016 », il poursuit « c’est qu’en même dommage que pour le France d’athlé 2016 à Angers, mon seul souvenir, ce soit la blessure de Teddy Tamgho ».

 » Il y a bien longtemps que je n’avais pas été aussi stressé comme cela »

Nous nous sommes revus presque deux mois plus tard, sur le Champ de Cross de St Galmier. Toujours la même posture, la même prestance, chaussures vernis qu’il pleuve, qu’il vente, au plat pays des crosseux. Avec ce petit pincement au cœur que la saison de cross, elle se termine déjà. Comme un bon Médoc vite débouché, trop vite savouré. Les tanins noyés dans un léger fond de tristesse. Et puis il y a eu cet éclair, la médaille de Benoît Holzerny, un ami de chair. La première en individuel pour son vingt cinquième championnat de France de cross. Du bronze chez les vétérans « il y a bien longtemps que je n’avais pas été aussi stressé comme cela. Toutes les trois minutes, j’ai regardé ma montre dans l’attente du départ. Il faut se rendre compte, être capable de se qualifier au France pendant 25 ans, sans se blesser ! ». Le soir, Arnaud Laviolette, le correspondant a envoyé cette missive « merci de m’avoir fait vivre cela ».

> Texte et photos Gilles Bertrand

> Sebastien Coe sera également champion d’Europe sur 800 m en salle