Analyse : Mo Farah accusé de violences par Haile Gebrselassie

26 avril 2019

A quelques jours du marathon de Londres, Mo Farah se retrouve empêtré dans une vive polémique avec Haile Gebrselassie. Le Britannique a affirmé avoir été victime d’un vol dans l’hôtel de l’Ethiopien où il était en stage pour plusieurs mois. En retour, Haile Gebrselassie accuse Mo Farah de violences sur une femme…

Le duel Eliud Kipchoge – Mo Farah. Non, ce n’est pas ce titre qui domine les manchettes de la presse britannique à quelques jours du marathon de Londres. Un seul thème obsède les médias anglais : l’affaire Mo Farah.

Une affaire qu’il a lancée tout seul durant la conférence de presse pré-marathon de Londres du mercredi 24 avril. Le Britannique y annonce avoir été perturbé dans son entraînement en raison d’un vol qu’il aurait subi en Ethiopie dans l’hôtel d’Haile Gebrselassie, où il s’était installé pour trois mois de stage.

Mo Farah se plaint de la disparition de 3500 euros, d’une montre Tag offerte par sa femme, et de deux téléphones. Mais surtout de la désinvolture d’Haile Gebrselassie. Il soutient que l’Ethiopien ne l’a pas assisté face à ce problème.

La réponse d’Haile Gebrselassie ne tarde pas à tomber, et Mo Farah bascule d’un coup du statut de victime à celui d’accusé. L’ex-athlète ne mâche pas ses mots dans son communiqué de presse, affirmant qu’une enquête de police a bien été menée, amenant à l’interpellation de membres de l’hôtel pendant plusieurs semaines, sans qu’aucun coupable ne puisse être trouvé. Haile Gebrselassie met également en cause le comportement de Mo Farah durant son séjour, affirmant aussi qu’il a quitté l’hôtel sans payer sa note de 3000 dollars. Et l’ancien président de la fédération éthiopienne soutient surtout que Mo Farah a eu des gestes de violence à l’encontre d’une femme au gymnase de l’hôtel, et qu’il n’aurait été disculpé par la police éthiopienne que sur son intervention. Il enfoncera le clou ensuite en parlant d’un couple agressé par Mo Faragh.

Jama Aden entraînait-il Mo Farah en 2016 ??

Avec autant d’éléments étranges, l’ébullition est déjà à son comble en Angleterre quand survient le coup de grâce porté par Haile Gebrselassie qui affirme au journaliste du « Telegraph », que la rancœur de Mo Farah à son égard date de la fin d’année 2016, suite au refus d’Haile Gebrselassie d’accueillir Jama Aden avec lui au Yaya Village de Sululta.

L’entraîneur somalien a été quelques mois plus tôt interpellé lors d’une descente policière à Sabadell près de Barcelone, après la découverte de seringues d’EPO à proximité de son hôtel, dans le cadre d’une enquête menée à la demande de l’IAAF. La réputation de Jama Aden est plus que sulfureuse, et sa collaboration de Mo Farah lui a déjà été l’objet de beaucoup d’interrogations en Angleterre. Mais Mo Farah a toujours soutenu n’avoir pas été entraîné par Jama Aden, et avoir pris toutes ses distances dès le début 2015. Ce qu’infirme aujourd’hui Haile Gebrselassie…

Une déclaration accueillie dans un grand tintamarre par une presse britannique prompte à vitupérer Mo Farah, souvent mis en cause pour ses liens avec des entraîneurs à l’image pour le moins écornée, comme Alberto Salazar, qui l’a propulsé très rapidement du rang d’athlète moyen à celui de triple champion olympique, ou Jama Aden, qui a vu au moins trois de ses athlètes mis en cause pour dopage.

Les journalistes anglais ne le lâchent plus et exhument des histoires enfouies, qui lèvent le voile sur un Farah très vindicatif, capable de frapper un athlète éthiopien qu’il accuse de copier son entraînement.

Les articles se succèdent, les témoignages se contredisent. Avec à la rescousse du quadruple champion olympique, Gary Lough, son nouvel entraîneur qui a succédé à Alberto Salazar, et qui n’est autre que le mari de Paula Radcliffe. Mais avec ses accusations contre Haile Gebrselassie, Mo Farah a ouvert la boîte de Pandore. Qu’en sortira-t-il ???

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand