Analyse : la disparition des 5000 et 10000 m mal accueillie

13 mars 2019

La suppression du 5000 et 10.000 mètres des meetings de la Diamond League est mal accueillie par le monde de l’athlétisme. Le Kenya s’offusque de cette décision, qui évincera les spécialistes de la distance, kenyans et éthiopiens, et privera les athlètes de tous les pays de possibilités de performances au moment même où les minimas olympiques se durcissent notablement. Aux Etats-Unis, c’est le changement de méthode de sélection pour les JO 2020 qui reçoit beaucoup de critiques.

Mauvais timing de communication pour l’IAAF en cette mi-mars 2019, avec le télescopage de l’annonce du changement de méthode de sélection pour les JO et de la suppression du 5000 mètres et du 10.000 mètres dans les meetings Diamond League… Surtout que visiblement, la communication n’a pas été au programme autour de ces changements radicaux.

Du coup, la levée de boucliers se révèle multi-facettes. Aux Etats-Unis, c’est la réforme de la sélection olympique qui crispe le monde de l’athlétisme. Car elle marque à coup sûr la fin des fameux Trials US, où les trois premiers de leur épreuve se voyaient automatiquement retenus. Les trials prévus à Atlanta en février 2020 en pâtiront à coup sûr, avec l’obligation de finir sous les 2h11’30’’ ou 2h29’30’’ pour les femmes ou d’être choisis ensuite selon son « ranking ». D’autant que les marathoniens américains avaient gommé les épreuves d’automne de leurs objectifs, alors même que ces grands marathons offriront des possibilités de sélection automatique pour le TOP 10…

Le Kenya proteste sur une décision sans concertation

Au Kenya, la fronde concerne la suppression du 5000 mètres et 10000 mètres des programmes des meetings de la Diamond League. L’analyse a été vite faite, les grands perdants de cette disparition seront surtout des Kenyans et des Ethiopiens. Le Président de la Fédération Kenyane affirme dans « The Nation » avoir découvert la réforme avec surprise, et compte protester auprès de l’IAAF, sur cette décision brutale menée sans concertation préalable. L’avocate Sarah Ochwada, spécialiste du droit du sport, a même été interpellée sur la possibilité d’un appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport.

Surtout que la raison officielle à la disparition de ces deux distances, à savoir réduire la durée de la retransmission télé des meetings, ne résiste pas vraiment à quelques recherches. L’entraîneur américain Steve Magness a sorti sa calculette pour obtenir des éléments très intéressants : sur 45 minutes de transmission, on voit 17’41’’ d’athlètes en compétition et 27’19’’ d’introductions, d’analyses. Un sprint de 10 secondes est couvert pendant 5’35’’. Les épreuves de demi-fond font l’objet de 2,5 interruptions en moyenne. Pour une course de 8 minutes, ce sont près de 3 minutes qui ne sont pas transmises.

En bref, l’argument du temps à économiser en évinçant le demi-fond long n’est pas le bon…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.