Analyse : Daunay et Wade, parties civiles contre Diack

1 novembre 2017

Christelle Daunay est la première athlète à avoir été admise comme partie civile dans l’enquête en cours sur le système de corruption menée par les anciens dirigeants de l’IAAF. La marathonienne estime avoir subi un préjudice de la tromperie autour de Liliya Shobukhova, aux contrôles positifs dissimulés par les anciens dirigeants de l’IAAF. Elle pourrait être rejointe par d’autres athlètes, mais aussi plus surprenant, par Me Abdoulaye Wade, l’ancien président de la République du Sénégal.

 

DAUNAY

Christelle Daunay pourrait avoir montré la voie d’une manière forte. La marathonienne a été la première à se voir reconnaître le statut de partie civile par le juge d’instruction en charge du dossier sur la corruption régnant au sein de l’IAAF, sous l’ancien président, Lamine Diack.

Sa démarche, impulsée en toute discrétion dans le courant de l’année 2017, nous a précisé son avocat, Maître Antoine Woimant, est apparue au grand jour à la fin septembre, et même si de nombreux éléments de son action demeurent secrets en raison à la fois du secret professionnel et du secret de l’instruction, il est certain qu’une étape majeure a été franchie dans cette affaire de corruption généralisée au sein de l’IAAF.

Comme le souligne Maître Antoine Woimant, le problème central pour Christelle Daunay est d’apprendre que le contrôle positif de certaines de ses rivales aurait été couvert par les instances en charge de l’éthique et de l’organisation de son sport.

Que recherche vraiment Christelle Daunay dans cette démarche ? Un dédommagement financier ou la reconnaissance d’un préjudice moral ? Maître Antoine Woimant se veut sibyllin : « Pour l’instant, c’est qu’on reconnaisse son statut de victime. Dans ce dossier, les victimes sont les athlètes. Il est donc normal que les athlètes soient reconnus. »

D’autres athlètes après Christelle Daunay ?

Même si la prudence s’impose, puisque comme le jeune avocat marseillais le souligne, la couverture de cas positifs par des membres de l’IAAF n’est pas encore reconnue et demeure encore en phase d’instruction, il est certain que le préjudice de Christelle Daunay pourrait être chiffré de manière précise, s’agissant de la perte de primes d’arrivée lors de grands marathons internationaux, comme à Chicago en 2011 où elle termine 5ème, alors que Liliya Shobukhova, dopée, mais protégée, l’emporte. Ou encore du manque à gagner sur des primes de départ qu’elle aurait pu négocier plus élevées grâce à ses meilleurs résultats, ou de contrats de sponsoring.

Christelle Daunay a ouvert une brèche, et il reste à voir qui va s’y engouffrer. D’autres athlètes, c’est très probable. La Française n’est évidemment pas la seule marathonienne mondiale à avoir été lésée par la tromperie autour de Shobukhova, et des coureuses d’autres pays pourraient impulser la même démarche.

Les femmes spécialistes du 1500 mètres, les marcheurs et marcheuses athlétiques sont les autres athlètes les plus affectés par les dérives menées par Lamine Diack, son fils, le Docteur Dolle, les maîtres d’œuvre de la dissimulation des contrôles positifs des Russes.

L’argent sale de Lamine Diack pèse sur l’élection sénégalaise

Les semaines à venir pourraient compter quelques surprises de ce côté-là. Mais déjà, une information venue du Sénégal a créé une certaine sensation, celle que l’ancien président de la République du Sénégal, Maître Abdoulaye Wade, envisageait, lui aussi, de se porter partie civile dans ce dossier.

wadeSelon le site sénégalais « leral.net », Me Wade voudrait argumenter sur son préjudice subi en raison du rôle joué par Lamine Diack lors de l’élection présidentielle sénégalaise de 2012, où les éléments divulgués par l’ex-président de l’IAAF durant son interrogatoire par le juge français révéleraient l’utilisation des sommes récupérées par la corruption pour le financement de groupes d’opposants à Me Wade. Les montants ainsi distribués par Lamine Diack dans son pays natal auraient pesé sur l’élection de Macky Sall à la présidence, et à la sortie de M. Wade.

Les tergiversations de Me Wade auraient cessé avec l’annonce de la reconnaissance du statut de partie civile à Christelle Daunay, et la démarche de l’ancien président serait imminente pour obtenir semblable statut.

D’autres surprises pourraient encore apparaître dans ce dossier complexe, où ont pullulé les actions douteuses, aux multiples facettes, susceptibles de nuire ainsi à des personnes très différentes, toutes susceptibles de faire valoir un préjudice. Sans oublier aussi que le statut de partie civile offre la possibilité d’accéder à l’ensemble du dossier de l’instruction de l’affaire dans sa totalité…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : Gilles Bertrand