Affaire Puerto : les athlètes dopés protégés par l’Espagne

12 juillet 2019

Les tricheurs de l’affaire Puerto ont le beau rôle. Leur nom ne sera pas dévoilé même s’il est maintenant bien connu de l’Agence Mondiale Anti-Dopage. Mais les délais sont dépassés pour que des actions puissent être entamées contre ces sportifs adeptes des méthodes du Docteur Fuentes.

Quelle frustration pour les équipes de l’anti-dopage ! Le verdict est tombé. Certains noms de sportifs impliqués dans l’affaire Puerto sont maintenant bel et bien connus par l’Agence Mondiale Anti-dopage. Mais ces tricheurs préparés artificiellement par le docteur Puerto s’en tireront sans une égratignure. Leurs identités seront protégées, et aucune sanction ne pourra être prononcée contre eux.

A la faveur d’un imbroglio soigneusement entretenu par les autorités officielles d’Espagne, comme l’a dévoilé Gunther Young, l’enquêteur de l’Agence Mondiale Anti-dopage, qui a expliqué à Inside the games : « Le système juridique espagnol ne nous a pas rendu la vie facile, et nous n’avons jamais reçu aucun support officiel ou assistance d’aucune autorité espagnole pendant notre enquête. Beaucoup de problèmes ont été identifiés dans la gestion de cette affaire par les tribunaux espagnols, et nous avons essayé tout ce qui était possible sans succès. C’est très regrettable pour le sport propre et les athlètes propres. »

Les décisions se sont succédées au sein de la justice espagnole pour bloquer de manière irrémédiable toute possibilité de sanction… Ce n’est en effet que 13 ans plus tard qu’ont pu être analysées précisément les poches de sang saisies lors d’une perquisition menée en 2006 au domicile du Docteur Fuentes, connu pour son implication douteuse dans le monde du foot, du cyclisme, de l’athlétisme et du tennis.

35 poches de sang identifiées par leur ADN

Avec en final 35 poches de sang identifiées par leur ADN. Mais c’est tout simplement 5 ans trop tard au vu des règles de l’anti-dopage, qui n’autorisaient les sanctions que durant 8 ans, jusqu’en 2014.

Mais diable, « qui a décidé de limites pour le dopage ? » C’est le cri du cœur de l’Australien Robin Parisotto, ancien responsable de la lutte anti-dopage dans son pays.  Cet expert s’insurge sur cette règle des 8 ans (ou 10 ans maintenant) qui bloque toute action contre ces sportifs transfusés par le Docteur Fuentes.

Un comble à considérer qu’il est acquis que le cycliste Valverde, qui, à 39 ans, brille actuellement sur le Tour de France, faisait partie de ces clients très spéciaux… Côté athlétisme, quatre athlètes espagnols avaient été désignés dans le témoignage de Jesus Manzano, l’homme à l’origine de cette affaire, pointant Marta Dominguez, Roberto Heras, Abel Anton, Reyes Estevez.

De ces quatre personnes, seuls Marta Dominguez et Roberto Heras allaient connaître des suspensions pour dopage. Dans le cas de Marta Dominguez, la sanction tombait en fait par une condamnation par l’IAAF, puis le Tribunal Arbitral du Sport, et pour une autre affaire, l’opération Galgo.

Ces sportifs véreux pourront-ils être inquiétés d’une autre manière ? L’agence Mondiale Anti-dopage voudrait le faire croire, en affirmant que d’autres options légales seront inventoriées pour tenter de les atteindre. Déjà, les noms des athlètes identifiés pourraient être communiqués de manière confidentielle aux fédérations internationales et aux agences anti-dopage. Mais que pourront bien en faire ces instances ????

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.