12 athlètes russes sanctionnés pour dopage sans être positifs

3 février 2019

Douze athlètes russes passent à la trappe, accusés d’avoir bénéficié des programmes de dopage et de protection mis en place par la Russie pour les JO de 2012 et le Championnat du Monde 2013, mais sans avoir été contrôlés positifs. Parmi eux, quelques grands noms, le champion olympique de la hauteur, Ivan Ukhov, la championne du monde de la hauteur Svetlana Shkolina, la championne olympique du marteau et championne du monde Tatyana Lysenko.

 

ukhov

C’est une grande première que cette décision du Tribunal Arbitral du Sport de suspendre 12 athlètes russes pour des faits de dopage commis lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012 et du Championnat du monde de Moscou en 2013. Car ces 12 athlètes n’ont en réalité subi aucun contrôle positif (*) lors de ces deux grands rendez-vous.

Mais leur nom est associé aux méthodes fallacieuses mises en place par la Russie, à la fois pour les doper, et pour les protéger. Ils sont ainsi apparus dans le fameux rapport Mc Laren, qui avait dévoilé au grand jour les moyens déployés par la Russie pour obtenir des podiums. Avec, à la fois, un programme de dopage aux stéroïdes anabolisants, et une méthode de « nettoyage » des échantillons pour éviter toute détection.

Deux procédés créés par le fameux Docteur Grigory Rodchenkov, alors officiellement patron du laboratoire anti-dopage de Moscou, et orchestrant en réalité le système du dopage, avec la création d’un « cocktail » de stéroïdes à avaler, et capable de devenir indétectable très rapidement.

Autant d’éléments décrits par le Docteur Rodchenkov après sa fuite aux Etats-Unis, où il allait vite être considéré comme un lanceur d’alerte haut de gamme, et à ce titre, protégé par le FBI.

Beaucoup de questions autour de Rodchenkov

Mais le parcours très singulier du Docteur Rodchenkov n’a pas manqué de susciter beaucoup de questionnements, et le Tribunal Arbitral du Sport avait d’ailleurs rendu en février 2018 des décisions favorables aux skieurs russes accusés sur la base des informations de Rodchenkov et Mc Laren, en estimant qu’elles ne pouvaient être recoupées.

Les donnes ont maintenant changé, les 12 décisions prises par le TAS l’ont été par des juges différents, pour aboutir à la même conclusion, le rapport McLaren doit être pris au sérieux, les sportifs cités n’auront pas d’échappatoire, et Brett Clothier, le patron de l’Athletics Integrity Unit, a insisté sur la possibilité de poursuivre d’autres cas dans le futur.

La voie est maintenant toute tracée, y compris pour les autres fédérations sportives, avec en filigrane, les informations qui pourront apparaître suite à l’accès par l’Agence Mondiale Anti-Dopage aux données du laboratoire de Moscou, qui a salué cette décision, alors qu’elle apparaissait jusqu’alors peu encline à baser des procédures anti-dopage sur ces seules déclarations, même étayées par des documents.

RODCHENKOV

Malgré tout, quelques voix timides se sont élevées contre cette omniprésence du Docteur Rodchenkov, désormais placé dans le camp de l’anti-dopage. Quelques anciens acteurs de l’anti-dopage, comme l’Australien Robin Parisotto, la Jamaïcaine Renee Anne Shirley, un journaliste américain de « The Nation » se sont insurgés de cette crédibilité donnée à ce Russe qu’il côtoyait dans le passé, et dont ils affirment que sa nouvelle étiquette de victime et lanceur d’alerte colle mal avec la réalité de ses pratiques douteuses qu’il monnayait aussi auprès d’athlètes étrangers.

Mais ce petit noyau d’incrédules se retrouve bien isolé alors même qu’aux Etats-Unis, les législateurs ont introduit au Sénat une loi anti-dopage portant le nom de Rodchenkov, et visant à criminaliser le dopage d’Etat, avec de fortes amendes dans le cas où des sportifs américains ont été victimes de ces fraudes.

Après ces décisions radicales du Tribunal Arbitral du Sport (encore susceptibles d’un appel), les podiums des JO 2012 et des Mondiaux 2013 vont valser, avec pour tous, une annulation des résultats sur plusieurs années, à partir de la mi-juillet 2012, et pour la plupart, une suspension de 4 ans qui débute fin janvier 2019.

Ainsi Ivan Ukhov perd tous ses résultats entre juillet 2012 et décembre 2015, dont son titre olympique 2014, l’argent du mondial en salle 2014. Son avenir sportif est définitivement bouché. Sa suspension de quatre ans démarre le 1er février 2019. Quelques jours plus tôt, il venait juste 2.31 mètres, et il occupait la place de leader mondial 2019…

  • Texte : Odile Baudrier
  • Photo : D.R.

(*) L’échantillon de Tatyana Lysenko prélevé lors des JO de 2012 a été déclaré positif cet automne, suite au retesting effectué par le CIO

 

SUSPENSION TAS FEV 19